Dossier
Faut-il (toujours) s’adapter ?
© Pierre Bamin /Unsplash
« Abandonnons la résilience : place à l’adaptation ! » : c’est ainsi que le magazine L’ADN titrait, récemment un entretien récent avec l’explorateur Christian Clot. Et l’aventurier franco-suisse de préciser : « Le principe même de la résilience est le retour à un état initial. Or, aujourd’hui, le monde change tellement vite et est traversé par tellement de crises qui s’entrecroisent que le retour à l’état initial n’est ni possible ni souhaitable. »
Là où la résilience encaisse la crise temporaire et attend retour à la normale, l’adaptation prend acte d’un monde en permanente transformation qui n’est fait que d’exception, qui dicte sa réalité aux hommes. « Adaptons-nous » est d’ailleurs, indéniablement, devenu le mot d’ordre de la gestion politique de la crise sanitaire.
Une exigence de bon sens – en apparence au moins. Et si l’obsession pour l’adaptation cachait un objectif politique beaucoup moins avouable ? C’est la thèse de la philosophe Barbara Stiegler, autrice de « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique (Gallimard, 2019), à retrouver dans notre dossier consacré à l’improvisation : « Derrière la déploration constante de notre supposé retard et derrière l’appel permanent à notre réadaptation » se cache « une pensée politique à la fois puissante et structurée » qui vise « à transformer une espèce humaine inadaptée en un ensemble d’individus flexibles et de plus en plus adaptables à l’accélération des changements ». Soustraire, à l’existence humaine, toute base stable, en somme. Un projet politique tout sauf improvisé, qui se révèle, paradoxalement, extrêmement rigide – au risque de laisser biens des gens sur le carreau !