Entretien

Frédéric Keck : “Pour Xi Jinping, le monde est voué à se recentrer autour de la Chine”

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Xi Jinping pendant le 20e Congrès national du Parti communiste chinois (PCC) au Grand Palais du Peuple à Pékin (Chine), le 16 octobre 2022

Xi Jinping pendant le 20e Congrès national du Parti communiste chinois (PCC) au Grand Palais du Peuple à Pékin (Chine), le 16 octobre 2022. © Chine Nouvelle/Sipa

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Lors du 20e congrès du Parti communiste chinois, Xi Jinping a affirmé l’ambition de « créer une nouvelle civilisation humaine » tout en ré-assumant la stratégie « zéro Covid » et la volonté de récupérer Taïwan. L’anthropologue Frédéric Keck revient sur le sens de l’ambition impériale chinoise.

Quels sont les enjeux du 20e congrès du Parti communiste chinois qui vient de s’ouvrir ?

Frédéric Keck : Ce congrès doit définir les orientations à prendre pour le parti dans les années à venir. Il fait suite aux deux années de pandémie de Covid, durant lesquelles la Chine a été tour à tour blâmée pour avoir laissé « s’échapper » le virus, puis louée pour l’efficacité de ses mesures ayant permis de maintenir un niveau de victimes assez bas, et à nouveau critiquée pour la sévérité de sa politique dite « zéro Covid ». Il est intéressant de faire la comparaison avec le 16e congrès de 2002, durant lequel le PCC avait perdu plusieurs mois dans la réponse au Sras, occupé qu’il était à préparer la nomination du secrétaire général Hu Jintao. Là encore, le pays a paru comme paralysé plusieurs mois dans l’attente du congrès puisqu’il y avait, semble-t-il, des tentatives en interne pour que Xi Jinping ne soit pas reconduit du fait de l’échec de sa politique de zéro Covid. Il a manifestement réussi à maintenir le principe de sa succession à lui-même en enfreignant la règle, prévalant depuis Deng Xiaoping (1904-1997), de ne pas faire plus de deux mandats. On est donc dans un moment intéressant de confirmation d’une politique pourtant assez critiquée, par le parti et par l’opinion publique, et de réaffirmation d’une vision amenée à dépasser cet épisode assez négatif pour la Chine, qui a somme toute revécu avec le Covid le traumatisme du Sras à une ampleur plus forte encore. Mais autant le Sras avait donné lieu à un gouvernement d’ingénieurs plus transparent, plus disposés à coopérer avec les inspecteurs internationaux – notamment avec le soutien de Pékin à l’élection de Margaret Chan, qui avait été en charge de la gestion du Sras à Hong Kong, à la direction de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2006 –, autant là, on voit une volonté inverse de se séparer de la communauté internationale et d’assumer une politique complètement singulière.

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