Biographie
Hannah Arendt, l’apatride
© Olivier Marbœuf pour PM
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Cet article est issu du numéro 5 de Philosophie magazine « 5 - hiver 2006 », en kiosque le 07 décembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Passagère sur le navire du XXe siècle », selon les mots de Hans Jonas, nul ne sait quel chemin Hannah Arendt se serait frayée en philosophie sans l’irruption de l’histoire dans sa vie. Loin d’être une « professionnelle de la pensée », c’est au croisement de sa biographie et de la configuration du monde dont elle fut un témoin engagé que son œuvre et ses interrogations se déploient. « Je crois, écrit-elle dans la préface à La Crise de la culture, que la pensée comme telle naît des événements de l’expérience de notre vie et doit leur demeurer liée comme aux seuls repères auxquels elle puisse s’attacher. » Sous sa plume de polémiste s’embraseront des controverses multiples, et aucun des moments décisifs pour la condition de l’homme moderne – révolutions, antisémitisme, impérialisme, totalitarisme, crise de l’autorité et de la tradition – n’échappera à son souci de « comprendre ».
Hannah Arendt est née le 14 octobre 1906 à Linden, près de Hanovre, en Allemagne, dans une famille juive allemande laïque et progressiste. Élève brillante, la philosophie « s’impose » à elle dès l’adolescence. À 15 ans, la jeune femme organise un cercle d’étude avec ses amis. Elle découvre Søren Kierkegaard, lit Emmanuel Kant et entreprend, trois ans plus tard, des études de philosophie et de théologie. À l’université de Marburg tout d’abord, où elle côtoie un autre étudiant juif, Hans Jonas, et fait la connaissance d’un jeune professeur, Martin Heidegger, dont la pensée exercera sur elle une grande « fascination ». Mais en mai 1933, après la victoire de Hitler, Heidegger adhère au parti national-socialiste et accepte le poste de recteur de l’université de Fribourg, dont il démissionne en 1934. Si Hannah Arendt ne lui pardonne jamais sa compromission avec le régime nazi, ni sa défense confuse d’après-guerre – « rien que des mensonges insensés, avec une teinte nettement pathologique » –, elle renoue pourtant avec lui dès la fin des années 1940. Elle cherche sa vie durant le sens d’une telle « bêtise » et construit son œuvre en relation critique, bien qu’étroite, avec celle de son maître.