Technologie / Numérique
IA quelqu’un ?
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Cet article est issu du numéro 173 de Philosophie magazine « Peut-on être en accord avec soi-même ? », en kiosque le 21 septembre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les systèmes d’intelligence artificielle (IA) seront-ils bientôt conscients ? Certains le sont-ils déjà ? Un collectif de chercheurs, philosophes, neurologues et spécialistes proposent une méthode originale pour le savoir.
En mars 2022, Ilya Sutskever, le cofondateur d’OpenAI, tweetait que les grands réseaux neuronaux artificiels, style GPT4, étaient « peut-être déjà légèrement conscients ». Un vice-président de Google, Blaise Agüera y Arcas, renchérissait en assurant que ses conversations avec LaMDA (le chat de Google) témoignaient d’une marche rapide vers un état de conscience dans une machine. Dans de telles annonces, comment distinguer ce qui relève de l’illusion ?
Il n’y a consensus ni sur les bases neuronales de la conscience, ni sur sa définition philosophique. Dix-neuf philosophes, informaticiens et neurologues, dont l’Américain Robert Long et le Toulousain Rufin VanRullen, proposent de contourner l’obstacle. D’abord, en se limitant à l’analyse de la « conscience phénoménale », cette expérience consciente du monde qu’on attribuera aussi bien à une chauve-souris qu’à un humain. Puis en basant leur analyse sur trois hypothèses : 1) le computationnalisme, à savoir que certaines opérations de la pensée sont représentables par des algorithmes : ce qui nous rend conscients est numérisable – sinon à quoi bon s’interroger sur la conscience d’une IA ? ; 2) les théories en neurosciences permettent d’identifier certaines des fonctions qui signent une forme de conscience chez l’humain ; 3) il est possible de vérifier si les IA remplissent des fonctions similaires à celles que les théories scientifiques associent à la conscience.