Insaisissable satisfaction

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Cet article est issu du numéro 71 de Philosophie magazine « 71 - été 2013 », en kiosque le 04 juillet 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Il est à portée de main, et pourtant, nous avons la sensation qu’il ne cesse de nous échapper. Comment atteindre le bonheur, ce Souverain Bien pour les Anciens ? Peut-être, tout simplement, en ne le cherchant pas.

« Par les soirs bleus d’été,

j’irai dans les sentiers,


Picoté par les blés, fouler l’herbe menue : »

J’y suis. J’ai à peine eu le temps d’ouvrir les volets de la vieille masure dissimulée parmi les arbres. Et je me suis précipité sur mon chemin favori, qui monte vers les champs, abandonnant pour un instant ma famille, afin de jouir pleinement de mes premières minutes de vacances. Je m’arrête et ferme les yeux.

« Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.


Je laisserai le vent baigner ma tête nue. »

Je récite mentalement ces vers de Rimbaud, qui résument pour moi le bonheur de vivre, une légèreté enthousiaste mais paisible, une conscience aiguë du monde environnant et un sentiment de puissante résonance avec lui. Toute l’année, je souffre de l’impression d’être débordé, fébrile, irrité de mon incapacité à reprendre mon souffle. Je peux enfin m’ébrouer de tous les soucis et accorder ma conscience à un rythme plus calme. Mais il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. La fraîcheur et le vent sont bien là, la beauté du paysage aussi, tout comme l’absence de douleur physique et morale, ou de graves problèmes qui m’empêcheraient de profiter de ces vacances que j’attends depuis des mois. J’ai même les pieds nus. La plénitude, disons matérielle, s’accompagne d’une véritable impuissance affective. Le bonheur ne se lève pas.

« Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :


Mais l’amour infini me montera dans l’âme, »

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