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Peut-on faire le bonheur d’autrui ?

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Cet article est issu du numéro 148 de Philosophie magazine, en kiosque le 25 mars 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Analyse des termes du sujet

« Peut-on »

Est-ce réellement possible ? Est-ce légitime ?

« faire »

Être la cause de…

« bonheur »

État de satisfaction durable et complet.

« autrui »

Une personne qui n’est pas moi, un ensemble d’individus.

 

Défrichage

Premières intuitions

L’amour inconditionnel des parents pour leurs enfants, le don gratuit et anonyme pour aider une personne en difficulté, la rencontre avec un intellectuel qui décide d’une vocation sont autant d’exemples qui laissent penser que le bonheur peut dépendre d’autrui.

Pourtant, l’amour parental est parfois dévorant, le don reçu peut se révéler intéressé, l’influence de ceux qu’on admire plus idéologique que sincère. Il est alors tentant de se convaincre qu’on ne peut atteindre le bonheur que par soi-même, et qu’au fond, c’est nous qui choisissons d’être heureux ou pas.

Mais n’est-ce pas sous-estimer ce que nous devons à autrui et nos propres capacités à rendre les autres heureux que de croire que chacun ne doit qu’à lui-même le sentiment de pouvoir réussir sa vie ? Des valeurs comme la gratitude ou la générosité qui nous lient aux autres ne sont-elles pas des ingrédients nécessaires à toute conception du bonheur ?

Exemples qui viennent à l’esprit

Le Meilleur des mondes (1932) d’Aldous Huxley décrit une société organisée artificiellement pour que chacun éprouve du plaisir en continu. Enfance conditionnée, consommation obligatoire d’une drogue euphorisante (le soma), Huxley dénonce la confusion entre plaisir et bonheur, État providence et liberté respectée.

Cyrano de Bergerac, desservi par son nez disgracieux, ne peut séduire Roxane. Il met son talent oratoire au service de Christian dont Roxane est amoureuse. Créée en 1897, la pièce d’Edmond Rostand montre comment on peut faire le bonheur d’autrui en sacrifiant le sien. 

Citizen Kane, film d’Orson Welles (1941), raconte la vie d’un self-made man devenu milliardaire et homme politique au prix d’une multitude d’actes immoraux. Malgré ses succès, Charles Foster Kane meurt seul et malheureux, avec pour seule nostalgie Rosebud, le traîneau de son enfance. On ne peut construire son bonheur sans le souci d’autrui.

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