L’image
Intelligence arty
Jason Allen's art created on Midjourney titled “Space Opera Theater”.©Coutesy of Jason Allen
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 163 de Philosophie magazine « La sobriété. Pourquoi est-il si difficile de se modérer ? », en kiosque le 21 septembre 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dall-e, Craiyon… Depuis quelque temps, les intelligences artificielles (IA) de création d’images se multiplient. L’une d’elles, Midjourney, a même remporté le prix artistique de la Colorado State Fair pour son Théâtre d’opéra spatial (photo). Le résultat est aléatoire, et, même lorsqu’elles sont réussies, ces « œuvres » – dont on ne sait plus très bien si elles relèvent de la photo, de la peinture ou du dessin – suscitent un sentiment d’étrangeté. Mais il y a fort à parier qu’à terme, les productions de l’IA deviendront indiscernables de celles élaborées par l’humain. L’artiste lui-même deviendra-t-il superflu ? La question, affirmerait le grand critique d’art John Ruskin (1819-1900), est mal posée : focalisée sur le produit, elle méconnaît le sens de l’activité artistique, sans laquelle l’homme ne peut s’épanouir. « Dans la constitution et la nature de tout homme […], il y a des puissances […] une imagination nonchalante, une capacité d’émotion engourdie » qui demandent à s’exprimer par le tâtonnement de la main, note-t-il dans The Stones of Venice. Contrairement à la machine, qui génère quasi immédiatement un visuel, le désir créatif de l’homme s’accomplit dans cette « hésitation » au contact de la matière, qui est signe de sa liberté. L’homme ne crée pas (seulement) pour parvenir à un beau résultat: il crée pour la joie de créer. Et cette joie ne disparaîtra pas avec l’IA !