Exposition
Iris van Herpen : la haute couture kantienne
Warren du Preez et Nick Thornton Jones pour Iris van Herpen – Robe Cosmica, en collaboration avec Kim Keever (impression). Collection “Shift Souls”, 2019. Collection privée Iris van Herpen
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Le musée des Arts décoratifs, à Paris, consacre une belle exposition au travail de la jeune créatrice de mode actuelle Iris van Herpen, Sculpting the Senses. Une rétrospective imprégnée de philosophie.
« La vie des profondeurs », « les forces du vivant », « synesthésie », « voyage cosmique », ou encore « l’eau et les rêves », référence directe à Bachelard : les intitulés des différentes étapes de l’exposition consacré par le musée des Arts décoratifs à la créatrice de mode néerlandaise Iris van Herpen présentent d’évidentes résonances philosophiques. Le parcours entrelace certaines des créations « organiques » de la jeune styliste – 39 ans seulement – à des œuvres d’art contemporaines et à un riche matériau scientifique qui lui sert d’inspiration. Formée à l’Institut des Arts ArtEZ à Arnhem, aux Pays-Bas, avant de travailler pour Alexander McQueen, van Herpen a conquis le monde de la mode depuis la création de sa propre ligne en 2007. Régulièrement portées sur les tapis rouges, ses créations singulières, immédiatement reconnaissables, détonnent : glamour sans doute, mais toujours un peu étranges. Les vêtements de la Hollandaise intriguent et déconcertent.
Ce décalage ne tombe pas du ciel. Van Herpen pense sa démarche. À ses yeux, « la haute couture est une forme d’art » qui « peut transformer un être humain ». Cet art qu’elle déploie de défilé en défilé se veut transdisciplinaire. Il met assurément en jeu des formes d’artisanat. Mais la créatrice ne rejette pas, tout au contraire, l’apport des nouvelles technologies. À rebours d’un certain classicisme, van Herpen promeut une symbiose des savoirs et des pratiques. « L’art et la science sont liés ; il questionnent tous deux la vie », disait-elle dans un entretien. Dans un autre, elle affirme : « Utiliser las sciences pour innover dans la mode me semble totalement aller de soi : il y avait une époque où être artiste et scientifique n’avait rien d’étonnant […] ! » La technique (par exemple l’impression 3D) ouvre à la main de nouvelles possibilité. La science, qui dévoile l’infinie variété des formes naturelles, lui fournit une source inépuisable d’inspiration.