Jankélévitch, l’absolu entrevu…

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Cet article est issu du numéro 50 de Philosophie magazine « 50 - juin 2011 », en kiosque le 25 mai 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Lucien Jerphagnon évoque le souvenir de son maître Vladimir Jankélévitch, dont l’œuvre vient d’être rééditée.

Qu’aurait été Platon s’il n’avait rencontré Socrate ? De même Diogène de Sinope sans Antisthène ? Sans Épicure, qu’aurait pu dire Lucrèce de rerum natura ? Pas d’Ennéades sans Ammonios Sakkas, grâce à qui Plotin a mieux connu Platon. Plotin ? « Platon ressuscité », dit Augustin. On trouverait bien d’autres exemples de ces rencontres. Si toute philosophie est unique, dès lors qu’elle émane d’une ipséité elle-même unique dans le temps comme dans l’éternité – et là, c’est du Jankélévitch que je cite –, elle n’est pas pour autant une génération spontanée surgie ex nihilo. On est toujours, si peu que ce soit, inspiré par quelque philosophe. Jankélévitch l’était par Bergson, qui lui-même l’était par Plotin. C’est ainsi qu’en 1924, Jankélévitch présenta Ennéades, I. 3 en vue du diplôme d’études supérieures (aujourd’hui master). Une étude éditée soixante-quatorze ans plus tard par deux étudiantes, et que j’ai préfacée. Oui, Jankélévitch était un maître. Et sans nous comparer à ces dieux de la philosophie que je citais, ce qui serait désopilant, je puis bien dire que sans lui, notre « vision du monde », notre Welt-anschaung, pour parler comme Heidegger – histoire de taquiner sa mémoire, car ce penseur-là n’était pas des siens –, aurait été différente, la mienne en tout cas.

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