Hors-série / Cosmos des philosophes
Jean d’Ormesson, Michel Cassé. “Notre Univers est une bulle de champagne”
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Réputé pour sa curiosité, Jean d’Ormesson s’était prêté au jeu du dialogue avec l’astrophysicien Michel Cassé, en 2011, à l’occasion d’un hors-série consacré au “Cosmos des philosophes”. L’académicien, entré en 2015 dans la Bibliothèque de la Pléiade, est mort à 92 ans, dans la nuit du lundi 4 au mardi 5 décembre 2017.
C’est une chose étrange à la fin que le monde, le dernier roman de Jean d’Ormesson, embarque dans les dédales de la cosmologie, champ d’étude de Michel Cassé, directeur de recherche au commissariat à l’énergie atomique. Nous les avons réunis pour une incursion à travers le temps, l’espace, le vide et le réel...
Jean d’Ormesson et Michel Cassé se rencontraient pour la première fois. Confortablement installés au dernier étage d’un immeuble parisien avec vue plongeante sur les toits, ils ont délicieusement plongé dans le « noir de la nuit », les ciels étoilés et les galaxies. L’académicien a dégainé le premier avec un feu incessant de questions, les yeux pétillants de curiosité, émerveillé par ce grand récit qui inclut tout autre. Face à ce candide érudit, le cosmologiste a raconté le jeu subtil des trois acteurs cosmiques: matière, lumière et énergie. Rien ni personne n’a pu interrompre leur virée céleste.
Jean d’Ormesson : Au-delà de ce qui fait les joies et misères de nos vies – la maladie à vaincre, le pain à gagner –, nous partageons le besoin de comprendre ce que nous sommes et dans quel Univers nous vivons. Cela est inhérent à notre humanité. Mais il a fallu que le temps passe. Ce n’est que tout récemment que le récit de l’Univers nous est devenu accessible.
Michel Cassé : oui, pendant longtemps ce fut le règne du positivisme pur pour lequel l’Univers n’était pas un objet de science. Aujourd’hui, nous constatons le retour à un récit. C’est la signification profonde du big-bang: l’Univers a une histoire. Demain, il ne ressemblera pas à aujourd’hui, il évolue dans le temps. Il est ordonné, et cet ordre est temporel.
J.d’O. : Il est intéressant de voir que le positivisme a été détrôné par la science même. Vous acceptez donc le big-bang? Qu’une gigantesque explosion ait donné naissance à l’Univers?
« Disons qu’il n’est ni “big” ni “bang”. Je ne suis pas sûr qu’il soit unique non plus »
Michel Cassé
M.C. : Disons qu’il n’est ni “big” ni “bang”. Je ne suis pas sûr qu’il soit unique non plus. S’il s’agit d’une explosion, elle a dû avoir lieu dans un milieu préexistant à l’Univers. Or c’est une contradiction : un espace n’a pas pu préexister au Tout ! En fait, nous ne savons rien de l’instant du big-bang. Nous n’avons pas de théorie adéquate pour en parler. Nous pouvons juste dire que l’Univers se refroidit au cours du temps et évolue. Deux forces y opèrent principalement: un “rassembleur de matière” et un “écarteur d’espace”. Le premier est la force de gravité, celui qui explique la chute des corps. L’existence du second n’a été établie que depuis une quinzaine d’années: c’est la fameuse énergie noire qui accélère l’expansion de l’Univers. Elle dilate l’espace. L’Univers se trouve en permanence tiraillé entre ces deux forces. L’envol l’emporte sur la chute depuis toujours, et ceci probablement pour longtemps.