Musique
Kate Bush, l’inactuelle
La chanteuse britannique Kate Bush à vingt ans, en 1978. © Angelo Deligio/Mondadori Portfolio via ZUMA/Abacapress.com
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Tout au long de sa carrière, la musicienne britannique Kate Bush n’a cessé d’expérimenter, tant sur scène que sur la console de son studio d’enregistrement. La chanteuse a surtout puisé son inspiration dans les classiques de la littérature, pour élaborer une imagerie et un univers sonore originaux, qui ont flirté aussi bien avec le succès que l’incompréhension. De quoi faire d’elle une prêtresse inactuelle.
Une bricoleuse de sons
Pour beaucoup, au nom de Kate Bush, c’est avant tout une voix qui vient en tête – étrange, haut perchée, entêtante. Mais la chanteuse anglaise ne s’est pas contentée de parier sur l’extraordinaire agilité de ses cordes vocales. Ses albums témoignent tous d’un goût pour l’expérimentation musicale, le bricolage sonore et la juxtaposition d’éléments parfois hétéroclites, autant d’audaces qui ont ouvert la voie à des artistes comme Björk, Florence And The Machine ou FKA Twigs. Après le succès de ses trois premiers albums, Kate Bush peut investir dans un studio personnel au début des années 1980 : c’est là qu’elle élabore les inventions de The Dreaming (1982) et de Hounds of Love (1985).
En ce début d’années 1980, les synthétiseurs et les boîtes à rythmes ont le vent en poupe : ils permettent en effet de donner à n’importe quelle piste une ampleur orchestrale à peu de frais. Mais Kate Bush ne les emploie pas comme le reste de l’industrie musicale : elle les couple systématiquement avec d’autres instruments acoustiques (ensemble à cordes, fiddle irlandais, scie musicale…), des bruitages et des chœurs. Tout en considérant les sons comme une matière organique dont elle peut varier les assemblages à l’envi, la chanteuse laisse traverser son imaginaire d’inspirations littéraires et oniriques venues d’une autre époque. Le single Babooshka, qui ouvre l’album Never For Ever (1980), matérialise ainsi la colère de la femme jalouse, dont il est question dans la chanson, par du verre brisé. Dans le même album, The Infant Kiss repose sur une orchestration plus acoustique avec piano, chœur et ensemble à cordes qui ne se contente pas de plages harmoniques, mais utilise des procédés (les trémolos notamment) qui contribuent à une forme d’expressivité théâtrale. Kate Bush travaille des textures, qu’elle tisse en un patchwork complexe.