Généalogie d’une idée

La catharsis : histoire philosophique d’une notion, d’Aristote à Adorno

Temps de lecture : 7 min

La catharsis : histoire philosophique d’une notion, d’Aristote à Adorno

© Rawpixel

Cet article est réservé aux abonnés.

Du théâtre tragique au cinéma hollywoodien en passant par l’hypnose freudienne, les expériences « cathartiques » n’ont cessé d’intriguer les philosophes. Signifiant à l’origine « purification des passions par leur représentation », elle prend une tournure politique avec Nietzsche, thérapeutique avec Freud et sociologique avec Adorno. Voici le parcours d’une notion aussi intrigante qu’ambivalente.


Aristote : la purification des passions par le spectacle de la tragédie

La catharsis, du grec ancien katharsis (κάθαρσις, « purification, séparation du bon d’avec le mauvais ») est un terme médical qui désigne à l’origine le nettoyage et la purification. Dans sa Poétique (335 av. J.-C.), Aristote lui confère un sens philosophique, qui va teinter la notion et la suivre jusqu’à aujourd’hui. Le philosophe grec l’utilise d’abord pour désigner l’effet de la tragédie sur le spectateur. Pour lui, la tragédie est « l’imitation d’une action grave et complète, ayant une certaine étendue, présentée dans un langage rendu agréable et de telle sorte que chacune des parties qui la composent subsiste séparément », et qui se développe « avec des personnages qui agissent ». La tragédie opère ainsi « par la pitié et la terreur la purgation des passions de la même nature ». Selon le philosophe grec, la tragédie est non pas une imitation des hommes mais simplement des « actions, de la vie, du bonheur et du malheur ». Aristote identifie deux parties de ce qu’il nomme la « fable » qui sont les plus propices à « faire que la tragédie entraîne les âmes » : les péripéties et la reconnaissance. Les péripéties constituent l’intrigue d’une pièce de théâtre et permettent de passer d’une situation à une autre avec comique ou pathos. Elles sont inattendues et créent une réaction dans l’auditoire. La reconnaissance, l’anagnorisis comme l’appelle Aristote, est une découverte tardive de l’identité d’un personnage, qui suscite la surprise et l’exclamation. La tragédie aristotélicienne provoque à la fois peur (phobos) et pitié (eleos). Elle génère des émotions intenses en étant le lieu d’une purification des passions tristes de l’être humain. Ainsi, elle pacifie l’individu.

Schopenhauer : la contemplation de l’harmonie de la nature qui libère l’esprit

Cet article est réservé aux abonnés