La concorde des Anciens et des Modernes

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Cet article est issu du numéro 99 de Philosophie magazine « Nomades contre sédentaires », en kiosque le 28 avril 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Une “longue expérience des choses modernes” alliée à la “continuelle lecture des choses anciennes” : telles sont les sources où puise Machiavel pour l’ensemble de son œuvre, et en particulier pour les sept livres de “L’Art de la guerre”.

Dans ce dialogue mis en scène à l’antique entre le condottiere Fabrizio Colonna, dans le rôle du sage, et des interlocuteurs avides de sonder ses connaissances, Machiavel mobilise aussi bien la stratégie des armées d’Alexandre le Grand que la puissance de feu des armes modernes. Dans quel but ? « Un prince ne devrait avoir autre objet ni autre pensée, ni prendre aucune chose pour son art hormis la guerre et les institutions et science de la guerre ; car c’est le seul art qui convienne à celui qui commande », affirme-t-il dans Le Prince. Il en va de la conquête et de la conservation du pouvoir, d’un État. Dans sa préface dédiée à Lorenzo Strozzi, banquier influent allié des Médicis, il annonce vouloir rendre à « l’état militaire […] quelque chose de son ancienne vertu », car, comme il l’écrit plus loin, « la corruption de nos institutions militaires » guette. Pour lui, vie civile et vie militaire ne devraient pas être séparées comme l’entend l’opinion. Mais il ne s’agit pas de militariser la société, plutôt d’associer aux soldats les vertus d’un bon citoyen : « Chez les Anciens, dans les républiques comme dans les monarchies, s’il y avait quelque classe de citoyens à qui on cherchât à inspirer de préférence la fidélité aux lois, l’amour de la paix et le respect des dieux, c’était surtout aux citoyens soldats. » Exit donc les mercenaires et autres troupes étrangères rémunérées, place à une armée directement intéressée au sort de sa « patrie ». Parmi les nombreux commentaires que suscitera l’essai au fil des siècles, Clausewitz en note l’ambiguïté. S’il salue le « très profond jugement de Machiavel en matière militaire », il manque à son goût le « jugement libre et indépendant présent dans les autres œuvres ». L’ombre des Médicis ?

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