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La mesure de l’homme
© Emmanuel Polanco pour PM
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Cet article est issu du numéro 15 de Philosophie magazine « 15 - hiver 2007 », en kiosque le 06 décembre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Albert Camus prône une justice différente de la violence qu’elle combat. La lucidité de son regard sur la complexité des êtres et des choses nourrit encore nos réflexions en matière de droit, de littérature ou de théâtre.
Denis Salas. « Camus prône une pensée politique modeste »
Camus est le penseur des tensions inconciliables et l’adversaire des systèmes qui mutilent l’homme. Son œuvre est une critique fervente et impliquée des « justices » de son temps (coloniale, prolétarienne, totalitaire), machines destructrices d’innocence, et surtout de la peine de mort, en même temps qu’elle témoigne d’un idéal de justice toujours poursuivi. Contre les « royautés illusoires » des idéologies triomphantes à son époque, Camus prône une pensée politique modeste. Pendant la guerre d’Algérie, alors qu’il est personnellement confronté à la violence aveugle (sa mère vit toujours à Alger), il veut combattre le terrorisme dans les deux camps. Car la violence politique extrême qui les caractérise est pour lui comme une maladie contagieuse dont il est difficile de guérir. Camus combat les terreurs concurrentes, celle que le FLN exerce sur les populations civiles, et celle de l’armée française à travers la torture et la répression. Il refuse les « noces sanglantes de la répression et du terrorisme » et s’obstine à vouloir que chacun reconnaisse « les raisons de l’adversaire ». Loin d’être d’un autre temps, la critique de la tentation de « l’absolue justice » qui est celle des Justes n’a cessé de poursuivre nos démocraties. Et l’hyperterrorisme déclenché par les attentats du 11 septembre 2001, auxquels les États-Unis ont répondu avec l’opération « Justice immuable », lui redonne toute son actualité. La question d’une justice qui ne soit pas le pur revers de la violence qu’elle combat est encore la nôtre. L’hyperterrorisme désarticule la démocratie, car il trouve le moyen d’exprimer sur la scène publique mondiale sa scénographie sanglante. De cette voix unique qui continue de nous parler par le halo singulier de son écriture et le foisonnement de son art, Camus nous incite à le combattre résolument tout en résistant au réveil des pulsions guerrières qu’il provoque sciemment en nous.