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La pénurie est-elle mère du désir ?

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La pénurie est-elle mère du désir ?

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Cet article est issu du numéro 154 de Philosophie magazine « Ma liberté est-elle négociable ? », en kiosque le 28 octobre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Alors que l’activité reprend, le recentrement de la Chine sur son marché intérieur et la hausse subite de la demande dans certains secteurs nous confrontent à un phénomène qui déjoue nos modèles économiques fondés sur la croissance : la pénurie. Occasion de développer notre avidité ou notre sobriété ?

 

Un composant électronique plus petit qu’un grain de sable est capable de mettre des milliers d’employés au chômage. Cela est récemment arrivé à des usines automobiles qui ont dû interrompre leur activité à cause des pénuries de semi-conducteurs. C’est le revers de la mondialisation : un rouage, une pièce vous manque, et toute la production est bouleversée. Ces pénuries mondiales, si elles venaient à durer, ne pourraient-elles pas être l’occasion de revoir notre modèle économique ? Peut-on penser la pénurie non plus comme un fléau mais comme une direction à donner à notre consommation ? L’idée même de pénurie ne serait plus un « vide », un manque, mais un événement fécond et riche de nouvelles options. Pour répondre, revenons aux origines du concept.

Dans la mythologie, la pénurie, qui est aussi la pauvreté (Pénia) est la mère du désir (Éros), comme l’explique Diotime dans le Banquet de Platon. C’est pourquoi la pénurie donne une envie immédiate de posséder exactement ce dont on est censé manquer. Parlez de pénurie de pâte à tartiner ou de jouets, et tout le monde voudra soudainement manger des tartines sous un sapin bien garni. Rien de particulièrement dramatique jusque-là. Sauf que la pénurie semble aussi totalement dépourvue de morale. Ainsi Pénia, venue au banquet pour mendier, en vient-elle à violer Poros, qui a abusé du nectar, et se fait faire un enfant. Poros, en grec, veut dire « l’expédient », c’est-à-dire la ressource, la richesse. La pénurie a donc littéralement abusé de la richesse. L’indigence matérielle de la pénurie se double donc d’une sorte de vide moral. Ce mythe illustre la violence que peut susciter le manque, qu’il soit réel ou imaginé. 

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