L'âge de raison
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Cet article est issu du numéro 30 de Philosophie magazine « 30 - juin 2009 », en kiosque le 28 mai 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour les 7 ans de mon fils, je lui ai tenu ce discours convenu : « Mon fils, tu entres dans l’âge de raison. » « Je sais, me dit-il, c’est l’âge où l’on a toujours raison. » Et devant ma mine ahurie : « Papa, je blague ! » L’enfance n’est plus ce qu’elle était… Ce qui pose l’antique question de son rythme et de son terme. Pour les stoïciens, à qui l’on doit la notion d’âge de raison, l’enfance désigne l’état de celui qui ne parle pas (in-fantia en latin). Par quoi il ne faut pas entendre la seule incapacité de prononcer des mots, mais celle de produire des jugements, d’élaborer des raisonnements et d’occuper sa place dans le monde (cosmos). Car il en va de l’enfant comme de l’adulte : pour être sage, il leur faut « tenir en place ». Et le seul moyen d’y parvenir consiste, selon les stoïciens, dans l’acquisition progressive des « notions communes », qui donnent la clé de l’ordre naturel. Intellectuelles (la logique), morales (le bien) et religieuses (le culte des dieux, le respect des morts), ces notions apparaissent sous une forme élémentaire à l’âge de 7 ans. Pourquoi 7 ans ? Parce que, au-delà de l’observation empirique, ce chiffre, pour le stoïcisme, correspond au rythme naturel et harmonieux des choses. Passé ce cap, le petit d’homme devient vraiment un petit homme et l’éducation peut se substituer au simple élevage.