Écologie
L’ambroisie : l’hydre biologique
Des milliers de pieds d'ambroisie devant une salle de sport dans l’agglomération de Moulins (Allier). © Richard Damoret/REA
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Son nom ne dit généralement rien aux urbains, mais les habitants des communes rurales sont bien conscients du problème qu’elle pose : l’ambroisie (Ambrosia artemisiifolia) est une plante invasive qui colonise les champs et réduit considérablement les rendements agricoles. Mais surtout, les pollens libérés par sa floraison, qui commence début août, sont extrêmement allergènes. Un peu partout, la lutte s’organise, sans réussir à empêcher la propagation de la plante. Comment expliquer notre impuissance ?
Originaire d’Amérique du Nord, importée par accident en Europe dans les navires de marchandise vers 1863, l’ambroisie s’est rapidement propagée dans la vallée du Rhône avant de gagner le reste du territoire. Recensée dans cinq départements en 1880, elle est désormais présente dans des proportions très variables dans toutes les régions, dont notamment le long de la Loire. Et elle ne cesse de gagner du terrain.
Titan végétal
La capacité de colonisation de l’adventice tient, en grande partie à la biologie spécifique de l’une de ses variétés : Ambrosia artemisiifolia, ou ambroisie à feuilles d’armoise, dont la croissance est particulièrement rapide ; un plant peut germer et fleurir en quelques semaines, ce qui, de l’observation à la suppression, laisse peu de temps pour agir. Le fauchage avant floraison, au cours du mois de juillet, reste la meilleur option. Mais la méthode n’est pas toujours efficace : même coupée très ras (jusqu’à 4 cm), la plante peut repartir et fleurir. Parfois même contre-productive : « L’ambroisie supporte très mal la concurrence des autres végétaux. Tout couper sur un bord de route, c’est prendre le risque qu’elle se retrouve sans rivales sérieuses », souligne Marilou Mottet, la coordinatrice de l’Observatoire des ambroisies – la structure nationale en charge de la surveillance de l’invasive. Le nom de la plante, qui est aussi celui de la boisson des dieux, n’est pas un hasard : l’ambroisie est le nectar de l’immortalité.
C’est aussi ses capacités de dispersion qui rendent la plante particulièrement problématique. « Ses graines sont particulièrement mobiles, ce qui permet à la plante de coloniser facilement de nouveaux espaces. » Doté de petites excroissances, le fruit de l’ambroisie s’accroche aux animaux, mais surtout aux hommes et à leurs véhicules, notamment les tracteurs. Pis encore, les graines peuvent rester extrêmement longtemps en dormance dans le sol – entre 10 et 20 ans. Leur taux de germination reste très important, et décroît faiblement au fil des années. Quand on imagine que chaque plante produit environ 3 000 graines, la situation se révèle particulièrement alarmante. L’ambroisie est, littéralement, un titan – du grec titaínō (τιταίνω), « se propager, s’étendre ». Une hydre : chaque plante engendre des milliers d’individus potentiels.