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L’amour de l’humanité nous est-il naturel ?
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Cet article est issu du numéro 167 de Philosophie magazine « Est-ce qu’on travaille trop ? », en kiosque le 16 février 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Analyse des termes du sujet
« L’amour »
Sentiment extrême d’affection, communion intime.
« l’humanité »
L’ensemble de tous les hommes.
« nous est-il »
Ici, ce qui nous caractérise.
« naturel »
Inné, spontané, opposé à culturel.
Défrichage
Premières intuitions
Les élans de solidarité après une catastrophe naturelle, le sentiment de fierté que provoque en nous l’envoi d’hommes dans l’espace suggèrent que nous partageons tous une affection intime pour notre espèce dans sa vulnérabilité comme dans ses succès.
Pourtant, l’indifférence, voire la haine, à l’égard de ceux qui ne nous ressemblent pas est tout aussi observable : la xénophobie, le mépris social peuvent ainsi être mis en avant pour soutenir que l’amour de l’humanité relève davantage de la fiction que de la réalité, que nos élans spontanés sont plus marqués par le désir de se protéger des autres que d’entrer en sympathie avec eux.
Est-ce à dire que la philanthropie doit s’apprendre ? Dépend-elle de la culture dans laquelle nous avons été élevés ? Mais si chaque culture est particulière, comment expliquer que certains événements extrêmes, comme les famines ou les génocides, provoquent un sentiment unanimement partagé d’indignation et de compassion pour les victimes qui pourtant vivent parfois très loin de nous, voire à d’autres époques que la nôtre. Quelle est donc la part de nature et de culture dans notre attachement aux autres hommes ?
Exemples qui viennent à l’esprit
Le Misanthrope (1666) de Molière dépeint un homme qui ne supporte plus l’hypocrisie de la société de cour. Mais si Alceste menace de se retirer « au désert » parce qu’il veut rester « honnête homme », ses sentiments pour Célimène le font hésiter. L’« amoureux atrabilaire » montre qu’il est difficile de haïr ses semblables quand l’attirance physique s’en mêle.
L’Essai sur l’inégalité des races humaines (1855) d’Arthur de Gobineau révèle les préjugés d’une France qui veut justifier la colonisation sur la base de données pseudoscientifiques : l’homme blanc y est présenté comme plus intelligent que le Noir ou le Jaune, « variétés inférieures de notre espèce », ce qui justifie qu’il ait fini par les dominer. Ce n’est pas par amour de l’humanité mais pour satisfaire un désir de conquête que le « Blanc » étend son empire sur le monde.