Cinéma

Le carnaval des animaux

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Emma Stone dans La Favorite de Yórgos Lánthimos © Fox Searchlight Pictures

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Cet article est issu du numéro 126 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’une saine colère ? », en kiosque le 10 janvier 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En réalisant “La Favorite”, en salles le 6 février, Yórgos Lánthimos ne réalise pas qu'un film historique. Il dépeint un univers décadent, où la politique est bousculée par les passions.

De la formule d’Aristote faisant de l’homme « un animal politique », Yórgos Lánthimos semble avoir retenu avant tout qu’il est un animal. Dans ses films, les bêtes sont partout. En réalisant The Lobster (« Le homard ») en 2015, il imaginait une contre-utopie : les célibataires qui ne trouvaient pas l’amour sous quarante-cinq jours étaient transformés en bêtes. Dans La Favorite, il réinvente la cour anglaise de la reine Anne au tournant du XVIIIe siècle, avec un certain sens de l’histoire et de l’humour. Le film débute par une course de canards. Cette compétition grotesque fait s’agiter les perruques au ralenti et s’ouvrir grand les bouches. Puis ce sont aux homards de concourir pour divertir la valétudinaire souveraine (remarquablement interprétée par Olivia Colman), à moins qu’elle ne s’occupe de sa collection de lapins : un rongeur adopté à chaque enfant mort. Dans cette monarchie décadente, lady Sarah (Rachel Weisz), intime d’Anne, tient véritablement les rênes du pouvoir avant que n’advienne la jeune Abigail, une aristocrate déchue gonflée d’ambition (Emma Stone). Elle séduit la reine jusqu’à gravir les plus hautes sphères, en jouant de ses charmes. Yórgos Lánthimos ne réalise pas un film historique en costumes, il dépeint un univers absurde, fait de désirs mesquins et de grandes solitudes. La politique y est écrasée par l’énormité des passions. L’omniprésence de l’animal dans les couloirs du palais renvoie continuellement à cette brutalité. Elle brouille la frontière avec la civilisation, souligne la fragilité de l’artifice et dessine finalement un état de nature en guise de décor et de mémorandum.

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