Exposition : Traces du sacré, au Centre Pompidou, à Paris jusqu’au 11 août 2008

Le Crépuscule des dieux

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Cet article est issu du numéro 20 de Philosophie magazine « 20 - juin 2008 », en kiosque le 29 mai 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Entre mysticisme et expériences-limites, les artistes modernes n’ont jamais cessé d’interroger le sacré. Tel est le postulat de l’exposition du centre Pompidou au risque d’une certaine confusion.

Nada, « rien », une planche de Goya, placée à l’entrée de l’exposition, montre un cadavre décharné revenu d’outre-tombe, qui tient dans sa main ce message. En lieu et place du divin et des croyances eschatologiques, le néant. Au début du XIXe siècle, ce vide annonce la fin d’un monde mais aussi le début d’un nouveau, celui de la modernité qui porte le deuil d’un Dieu dont elle ne cesse de constater l’absence (lire encadré). De l’époque romantique à Nietzsche, le thème de l’absentement du divin obsède les artistes, plongés dans la contemplation d’une nature où le Verbe ne transparaît plus. Les tableaux de Caspar David Friedrich sont l’emblème romantique de ce drame : l’artiste y contemple le spectacle d’une chaîne de montagnes depuis les sommets brumeux. Le ciel a remplacé les cieux, l’équation a effacé le bruissement des symboles. Là où se déployait sans fin l’exégèse symbolique ne retentit plus que le silence d’un infini forgé par les mathématiques. Mais plutôt que de souligner l’exaltation gagnée dans cette maîtrise de l’infini, l’exposition choisit de privilégier le sentiment de nostalgie dispensé par le crépuscule des dieux.

Pendant des siècles, le partage entre sacré et profane a structuré le monde occidental, avec son cortège de sens et d’interdits. Le sacré renvoyait à un domaine séparé, inviolable, investi d’une valeur intangible et faisant l’objet de prescriptions ritualisées. Par opposition, le profane désignait le reste du monde, extérieur à la sphère religieuse, étymologiquement « hors du temple ». Cette division a été ébranlée par le processus de sécularisation engagé au -XVIIIe siècle et le surgissement de la modernité. La place de la religion est remise en question, recentrée du côté de la foi privée plutôt que du respect des rites et des sacrements. La notion de sacré, elle, n’a pas disparu. L’idée de sacré a été métamorphosée par la modernité et associée à des figures nouvelles. Le terme qui n’est plus en usage aujourd’hui est celui de profane. Paradoxalement, le sacré lui a survécu, mais il faut de nouveaux découpages conceptuels pour le penser. Comment comprendre le prolongement et l’insistance de la référence au sacré, puisque l’opposition au profane ne tient plus ? Est-ce la trace mélancolique d’une ancienne croyance qui fascine toujours les artistes ou fait-elle l’objet d’une réappropriation ?

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