Le fond, la forme et le contenu
© Oriane Safré-Proust / Valerie Oualid
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Cet article est issu du numéro 127 de Philosophie magazine « L’étrange logique de la mémoire », en kiosque le 21 février 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Autrefois, le mot « contenu » désignait ce qui se trouvait dans votre verre ou votre valise. Désormais, il a basculé dans l’immatériel pour mieux se répandre. Films, musiques, textes, le « contenu » est aujourd’hui partout… mais aussi nulle part.
Certains mots font penser aux constructions qui gagnent du terrain ou aux villes qui s’agrandissent. Leur sens s’étend. Et à mesure qu’il s’étend, c’est logique, ces mots-là sont de plus en plus employés, on dirait qu’ils sont partout. « Contenu », par exemple. C’est un mot qu’on voit souvent. « Retrouvez votre contenu sur votre liseuse. » « Contenu payant. » « Achetez du contenu. » « Téléchargez votre contenu. » En voilà un mot qui a gagné du terrain. Parce que le contenu, pas plus tard qu’hier, ça désignait le contenu d’une boîte, d’une valise ou d’une trousse. Et ça n’allait pas beaucoup plus loin. Je ne dis pas que je regrette l’époque du contenu strictement matériel d’un bagage ou d’une trousse de toilette, pas du tout. J’observe, c’est tout. J’observe que le contenu s’est étendu. Aujourd’hui, il désigne le plus souvent quelque chose d’immatériel, en général soumis au droit de la propriété intellectuelle – n’étant pas gratuit, le contenu n’est jamais loin du débat juridique –, quelque chose de l’ordre de la création artistique, musicale, littéraire ou cinématographique. Et s’il n’est pas directement culturel, le contenu implique au moins une réflexion, une pensée, une valeur ajoutée humaine pourrait-on dire. C’est donc un mot positif. Dire qu’il y a du contenu, c’est un compliment. Un compliment qui peut s’adresser aussi bien à un livre qu’à un film publicitaire ou à une présentation PowerPoint. Mais quand même un compliment.