Dossier / “Peut-on devenir meilleur ? Et si oui, comment ?”

“Le ‘Hagakure’ trace la perspective d’un chemin d’amélioration de soi”

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“Le ‘Hagakure’ trace la perspective d’un chemin d’amélioration de soi”

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Cet article est issu du numéro 181 de Philosophie magazine « Peut-on devenir meilleur ? et si oui, comment ? », en kiosque le 11 juillet 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans le Japon du XVIIIe siècle, Yamamoto Tsunemoto (1659-1719), un moine au passé de samouraï, dicte à l’un de ses disciples des anecdotes et des principes qui auront un destin étonnant : le Hagakure. Ce code de l’honneur destiné aux guerriers est aussi un manuel qui exalte la liberté intérieure, la possibilité de toujours s’amender et la volonté d’affronter la mort sans ciller. Victorine de Oliveira vous présente ce texte, dont de larges extraits sont à retrouver dans le cahier central de notre nouveau numéro.

 

Dans Ghost Dog. La voie du samouraï (1999) réalisé par l’Américain Jim Jarmusch, l’acteur Forest Whitaker glisse : sur les toits où il vit plus ou moins, entouré d’une nuée de pigeons, dans les rues de New York où il se déplace comme si ses cent kilos pesaient moins qu’une plume, chez ses cibles, qu’il abat d’un éclair en pointant le viseur de son silencieux sans trembler d’un pouce. Le Ghost Dog, surnom aux airs hip-hop que s’est donné le personnage principal, est un tueur à gage inspiré : c’est le Hagakure qui guide ses pas, soit « la voie du samouraï », un ouvrage de maximes rédigé dans le Japon du XVIIIe siècle par un samouraï devenu moine, Yamamoto Tsunemoto (1659-1719). Entre un gangster de la fin des années 1990 et un guerrier initié au bouddhisme zen, quoi de commun ? Un sens indéfectible de la loyauté, la volonté de servir jusqu’à la mort et une méditation poétique sur la vacuité des choses.

Si le grand public, via le cinéma de genre, a souvent l’image d’un sabreur intrépide vêtu d’une armure impressionnante et armé d’un katana, prêt à sacrifier sa vie plutôt que de subir un déshonneur quelconque, on oublie souvent que le samouraï est avant tout un vassal. Au service de son seigneur, il lui doit obéissance en toute circonstance et ne défend jamais ses intérêts personnels. Son bras est au service d’un autre, au point qu’il est même censé le suivre dans la mort, au cas où le seigneur serait emporté avant son serviteur – dans ce cas, le samouraï doit s’infliger le suicide rituel dit seppuku. Yamamoto Tsunemoto y échappe d’ailleurs de justesse, son propre seigneur ayant aboli cette pratique qu’il considérait comme injuste peu de temps avant sa propre mort. La perspective de l’anéantissement demeure néanmoins l’horizon du Hagakure, et c’est à une forme de préparation mentale qu’il vise, entre code de bonne conduite, recueil d’anecdotes historiques et ouvrage philosophique.

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