L’Œil de la sorcière

Le silence et les armes

Temps de lecture : 3 min

Illustration : © Oriane Safré-Proust/Valérie Oualid pour PM.

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Cet article est issu du numéro 161 de Philosophie magazine « Peut-on être lucide et heureux ? », en kiosque le 07 juillet 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Face à la tuerie de l’école d’Uvalde au Texas en mai dernier et au poids des lobbys américains de l’armement, la minute de silence qui commémore la fin d’une tragédie suffit-elle encore à faire taire le canon des fusils ?

 

La première minute de silence en dura dix. Elle fut observée le 13 février 1912 par les sénateurs portugais, au lendemain de la mort du baron de Rio Branco, ministre brésilien des Affaires étrangères, l’un des premiers à reconnaître l’existence de la République du Portugal. Mais ce fut après le fracas de la Première Guerre mondiale que le silence devant la mort et la tragédie, partagé comme une prière laïque, se généralisa en Europe. Les anciens combattants revenus de l’horreur des tranchées trouvaient déplacées les explosions de joie, le silence convenait mieux aux solennités. Toutefois, quand l’ancien combattant Edward George Honey proposa, en 1919, cinq minutes silencieuses pour se remémorer la boucherie de la guerre, cette durée fut jugée trop longue – l’accélération qui allait devenir le symbole de notre hypermodernité s’emballait déjà. Deux minutes de silence furent décrétées par le roi George V, le onzième mois de l’année, de 11 heures à 11h02 – une minute pour les morts, une autre pour les survivants. La minute de silence se répandit ensuite en Occident. Dure-t-elle encore une minute entière ? Plus ou moins, probablement moins, une minute de silence, au XXIe siècle, semblant effroyablement longue (même si nous sommes capables d’attendre plusieurs minutes pour être mis en relation avec un opérateur, tandis qu’une voix numérique nous persuade de créer un « espace client »).

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