Analyse

Le vote par jugement majoritaire est-il (vraiment) plus démocratique ?

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Paris, le 15 janvier 2022. Manifestation organisée par le collectif “Primaire populaire”, pour dévoiler la liste officielle des candidats au système qu’ils proposent et présenter les modalités du vote d'investiture fin janvier

Paris, le 15 janvier 2022. Manifestation organisée par le collectif “Primaire populaire”, pour dévoiler la liste officielle des candidats au système qu’ils proposent et présenter les modalités du vote d'investiture fin janvier. © Vincent Isore/IP3

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À la veille de la tenue de la « primaire populaire », qui entend sélectionner un candidat de rassemblement pour la gauche à l’élection présidentielle, grâce à un jugement « majoritaire », nous revenons sur les avantages de ce mode de sélection, fondé sur le consensus et le dépassement des clivages. Et sur ses inconvénients – le refoulement des antagonismes.

 

La gauche, unie, peut-elle l’emporter ? L’idée n’est pas neuve, et l’expérience montre qu’elle n’est pas non plus facile à mettre en œuvre. Qu’importe. Aussi grande que soit la difficulté, les organisateurs de la « primaire populaire » campent sur leur position : la gauche ne pourra gagner qu’à condition d’être véritablement rassemblée autour d’une candidature capable de remporter un large assentiment populaire. Et pour créer cette adhésion, un nouveau mode de scrutin a été choisi : le vote par jugement majoritaire.

Cette méthode de désignation doit permettre de choisir un candidat sans cliver, afin de rassembler largement. Pour ce faire, les électeurs ne sont pas appelés à désigner un nom comme dans le scrutin uninominal majoritaire, mais à évaluer chacune des candidatures en lui attribuant une mention, de « Très bien » à « Insuffisant ». La candidature gagnante sera celle qui aura été la mieux évaluée par une majorité d’électeurs, donc qui aura obtenu le meilleur jugement majoritaire. Pour déterminer le résultat, on examine la mention médiane, c’est-à-dire celle qui sépare l’ensemble des mentions exprimées en deux parties égales, et le candidat ayant la meilleure remporte l’élection, puisqu’il a été majoritairement mieux évalué que les autres. Par exemple, un candidat qui obtient la mention médiane « Assez bien » l’emporte face à un autre candidat qui obtient la mention « Passable », puisque sa candidature aura été jugée assez bonne par au moins 50% des électeurs.

Le but de ce mode de scrutin est simple : il s’agit de désigner la candidature préférée par la majorité des électeurs, et donc celle à même de rassembler le plus de soutiens. Cette méthode, inventée en 2002 par les mathématiciens français Michel Balinski et Rida Laraki permet de corriger les défauts du scrutin uninominal majoritaire, lors duquel nous devons choisir un seul nom, et donc voter pour un candidat en excluant de facto tous les autres. Il y a selon eux un certain nombre de réflexes nuisibles à la démocratie qui se cachent dans le scrutin uninominal : le vote utile, le vote protestataire, le vote par élimination ou encore pour le moins pire. Au contraire, lors d’un vote au jugement majoritaire, nous formulons un avis sur chacune des candidatures, ce qui permet d’exprimer nos préférences dans leur totalité, et dans leur complexité. Ce n’est pas parce qu’un électeur de la primaire décernera la mention « Très bien » à Jean-Luc Mélenchon qu’il ne pourra pas dans le même temps attribuer « Assez Bien » à Christiane Taubira, puisque ce n’est pas parce que Jean-Luc Mélenchon est son premier choix qu’il ne préfère pas Christiane Taubira à une autre candidature. Ce mode de scrutin doit donc permettre de rassembler largement sur le nom majoritairement jugé comme meilleur, en mettant en avant les convergences entre les électeurs plutôt qu’en exacerbant leurs divergences.

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