Exposition

L’éclat Signac

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L’éclat Signac

Paul Signac, Juan-les-Pins. Soir (première version),1914, huile sur toile, 73,5 x 92,5 cm, collection particulière/SdP.

Cet article est issu du numéro 148 de Philosophie magazine, en kiosque le 25 mars 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Jusqu’en juillet, le musée Jacquemart-André à Paris consacre au peintre une exposition lumineuse, Signac, les harmonies colorées. (Re)découverte d'un artiste qui a cherché à donner au réel toute son intensité.

« Il faut créer des teintes. » Ce credo guide les néo-impressionnistes menés par Paul Signac (1863-1935). Le musée Jacquemart-André consacre au peintre et à ce mouvement une exposition. Où l’on découvre des toiles colorées, peintes par touches plutôt que par points, puisant à l’héritage de Delacroix et des impressionnistes. S’inspirant des bords de mer, de la Méditerranée et de la côte d’Azur, les artistes se libèrent « de toute idée d’imitation et de copie ». Ils privilégient « l’éclat insolite » et conspuent les couleurs de terre. Le divisionnisme qu’ils inventent, une technique scientifique de juxtaposition des couleurs, consiste à ne pas les mélanger pour laisser l’œil opérer la synthèse. Comme l’écrit Signac, « j’attache de plus en plus d’importance à la pureté de la touche, et j’essaie de donner à celle-ci son maximum de pureté et d’intensité ». Affilié aux anarchistes, Signac revendique une vitalité contestataire, tablant sur un nouvel ordre esthétique, moral et politique. Ce faisant, il se place non seulement à l’avant-garde… mais aussi dans la droite ligne d’une époque gagnée par la recherche de l’intensité. Comme le note le philosophe Tristan Garcia dans La Vie intense (Autrement, 2016), « nous incarnons depuis quelques siècles un certain type d’humanité : des hommes formés à la recherche d’intensification plutôt que de transcendance ». Cet idéal, né avec l’essor de l’électricité et la sécularisation de nos sociétés, n’est « pas seulement celui du monde libéral, mais aussi celui de ses ennemis », comme le prouve le terrorisme – anarchiste, en l’occurrence. Il traverse toutes les sphères, si bien que « l’intensité esthétique » elle-même a « lentement éclipsé le canon classique de la beauté ». Signac souscrit.

 

Signac, les harmonies colorées / musée Jacquemart-André (158, boulevard Haussmann, Paris VIIIe) / Du 26 mars au 19 juillet 2021