La petite question

Les animaux sont-ils plus libres que nous ?

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Les animaux sont-ils plus libres que nous ?

© Faizan Ali/Unsplash

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Entre l’homme et l’animal, qui est le plus libre ? « C’est l’animal », répondait sans hésiter le jeune acteur Paul Kircher, à l’affiche du Règne animal dans une pastille vidéo récente. « Il applique systématiquement ce qu’il a envie de faire et sans retenue », contrairement à l’homme soumis à d’innombrables « codes ». Pas si évident, répondrait Rousseau, Bergson ou encore Heidegger.


 

Nous sommes moins libres que les bêtes : qui n’a jamais, devant une biche insouciante gambadant dans les bois ou un vol d’oies sauvages, été saisi par cette idée ? Les animaux, semble-t-il, font en permanence ce qu’ils veulent. Étienne de la Boétie le dira dans le Discours de la servitude volontaire (1576) : « Les bêtes (Dieu me soit en aide !) si les hommes veulent les comprendre, leur crient : Vive la liberté ! […] La liberté est naturelle. » Sans doute les animaux peuvent-ils être entravés par un obstacle qui contrarie leur élan spontané. Mais ils ne sont pas du moins, au contraire de l’homme, constamment empêchés d’agir comme bon leur semble par les lois morales et les normes sociales qui pèsent en permanence sur nos épaules et exigent que nous nous réfrénions, que nous refoulions nos désirs. Sans ces limitations innombrables, soulignait Freud, la vie collective serait impossible.

Et pourtant : l’animal qui paît souverainement dans les prés est-il vraiment libre ? La licence dont il dispose, en vertu de laquelle jamais il ne semble suspendre son action pour l’interroger, pour questionner son caractère arbitraire, est-elle vraiment une liberté ? N’est-elle pas plutôt une aliénation : soumission à la tyrannie de l’instinct et des besoins ? Rousseau affirme ainsi dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755) que « la nature commande à tout animal et la bête obéit. L’homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d’acquiescer, ou de résister ; et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme : car la physique explique en quelque manière le mécanisme des sens et la formation des idées ; mais dans la puissance de vouloir ou plutôt de choisir, et dans le sentiment de cette puissance on ne trouve que des actes purement spirituels, dont on n’explique rien par les lois de la mécanique. […] L’un choisit ou rejette par instinct, et l’autre par un acte de liberté ». L’homme est un animal qui délibère, dans le secret de son âme, sur les motifs, les forces qui le meuvent. C’est assurément ce qui entrave en lui la spontanéité. C’est aussi ce qui peut, dans certains cas, le pousser à sacrifier ses propres besoins au nom de valeurs plus hautes que la vie, ou le conduire à agir plutôt que de se reposer lorsqu’il n’a plus besoin d’agir. Mais c’est cette mise en question de la spontanéité qui permet à l’homme de conquérir une liberté nouvelle : celle de se prescrire une loi qui n’est pas donnée d’emblée.

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La liberté peut-elle exister sans réelle capacité de réflexion ?