Éthologie

Les corbeaux aussi votent !

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Les corbeaux aussi votent !

© Peter Vahlersvik/iStockphoto

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C’est collectivement que les choucas (Coloeus monedula), de la famille des corvidés, décident de prendre leur envol, affirme une étude récente parue dans la revue Current Biology. Au petit matin, une heure environ avant de gagner le ciel, les oiseaux se mettent à crier. Les cris s’intensifient peu à peu – ou diminuent si, par exemple, la pluie commence à tomber. Le top départ est donné lorsque l’intensité des cris atteint un certain niveau. S’ils le seuil n’est pas atteint, les corvidés décolleront au compte-gouttes, de manière désordonnée. Cette étrange manière de se coordonner, de parvenir à un consensus, jette un jour nouveau sur la manière dont les animaux prennent des décisions collectives.

 

  • Les corbeaux ne sont pas les seuls animaux à « voter ». De nombreux processus électoraux sont observés chez différents animaux – les mammifères en particulier. Chez les suricates, « afin que le groupe se dirige rapidement vers un nouvel endroit, un individu émet un “appel au mouvement”. Si trois suricates ou plus font des appels en mouvement dans un court laps de temps, le groupe accélérera », souligne l’éthologue Jan Hoole. Quorum atteint ! Les capucins fonctionnent sur un modèle analogue. « Le statut au sein du groupe ne semblait pas affecter la probabilité de persuader le groupe de bouger », précise Hoole. Les lycaons, de leur côté, expriment leur voix en éternuant.
  • Mais les mammifères n’ont pas l’exclusivité de la prise de décision collective ! Les insectes aussi s’y adonnent. Les fourmis des rochers, par exemple : « Lorsque suffisamment de fourmis se sont accumulées sur un site, celui-ci est jugé de qualité appropriée et [la colonie] s’y install[e]. Si la qualité se détériore par la suite, les individus s’éloignent vers un autre site jusqu’à ce qu’une partie de la colonie ait quitté le nid original », entraînant à sa suite le déplacement du site choisi. Thomas Seely, de son côté, a étudié le fonctionnement du vote – et plus généralement les processus démocratiques de prise de décision – chez les abeilles, dans Honeybee Democracy (« La Démocratie des abeilles mellifères », non traduit, Princeton University Press, 2010). « Un essaim contient environ 10 000 abeilles ouvrières et […] quelques centaines de ces abeilles fonctionnent comme éclaireurs de nid. » Ces éclaireurs repèrent une douzaine de sites possibles pour installer le nid. Reste alors à choisir. Et, précisément, ce choix a l’allure d’une véritable élection : « On peut voir le choix démocratique par un essaim de son futur domicile comme une sorte de processus électoral dans lequel il y a plusieurs candidats (sites de nidification possibles), une concurrence publicitaire (les danses) entre les différents candidats, des individus qui s’engagent pour tel ou tel candidat (les éclaireurs soutenant un site particulier), et un pool d’individus encore neutres (éclaireurs qui ne se sont pas encore engagés pour un site). Les éclaireurs soutenant un site peuvent produire des danses qui convertiront des individus neutres en partisans supplémentaires. »
  • Le processus se poursuit jusqu’à parvenir à un accord, qui permet en général le choix du meilleur site. En effet, « plus le site d’accueil potentiel est bon, plus la danse des abeilles éclaireuses qui le soutiennent est forte, et plus leur efficacité à recruter des supporters supplémentaires pour leur lieu est grande ». Au fond, la ferveur de la danse n’est pas, au contraire de nos « démocraties antagonistes », liée à un intérêt personnel : elle se tient dans l’horizon du bien commun de la ruche. Elle ne passe pas par la désignation de « représentants » de groupes d’intérêt, mais par une forme de « démocratie directe » où « chaque individu choisit de participer personnellement à la fabrique des décisions ». Inutile, car les abeilles partagent des « intérêts congruents » et des « préférences communes (petite entrée, etc.) » en matière de site d’installation. De quoi inspirer nos démocraties fatiguées ?
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