Vertiges

Les nouvelles aises du faux : la chronique d’Étienne Klein

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Les nouvelles aises du faux : la chronique d’Étienne Klein

© Charles Deluvio/unsplash

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Cet article est issu du numéro 189 de Philosophie magazine « Peut-on réparer ses erreurs ? », en kiosque le 24 avril 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour Donald Trump, les vérités scientifiques qui dérangent sont des croyances qu’il est nécessaire de réfuter par tous les moyens. Au point de ravaler George Orwell au rang de petit joueur ?

 

J’ignore si c’était une affaire de circonstances ou un stratagème inconscient pour pouvoir l’écrire un jour dans une chronique, mais « c’est en 1984 que j’ai lu 1984 ». Je me souviens de ma sidération en découvrant cette description implacable du monde totalitaire, où la vérité devient impossible à formuler. Non que les hommes politiques de ces régimes aient l’apanage du mensonge. Mais dans l’univers décrit par George Orwell, c’est la distinction même entre vérité et fiction que le langage, dûment trafiqué, ne parvient plus à exprimer. Le réel, rendu indicible, est comme sommé de disparaître.

J’ai longtemps pensé que seuls les pays sous la coupe d’un régime totalitaire étaient concernés par cette menace. Grave erreur : la vérité se montre également fragile dans les sociétés démocratiques, y compris les vérités des sciences les plus éprouvées. Elles aussi peuvent être victimes de ce qu’Alexandre Koyré, dans ses Réflexions sur le mensonge (1943), appelait des « conspirations en plein jour ».

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