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Les passions au cœur
© Marion Brosse pour PM
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Cet article est issu du numéro 14 de Philosophie magazine « 14 - novembre 2007 », en kiosque le 25 octobre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En art ou en économie, la pensée sceptique et rigoureuse du philosophe écossais reste une source d’inspiration. L’expérience faite idée évite le piège du dogmatisme.
Yves Michaud. « Nous prémunir contre l’arrogance »
J’ai commencé à travailler sur ce philosophe, il y a juste quarante ans. Mon choix était polémique. Contre le terrifiant dogmatisme marxiste qui dominait à l’époque, d’un côté, et contre les philosophies postkantiennes du fondement, que ce soit phénoménologie ou heideggerianisme, de l’autre. Bref, contre Louis Althusser et contre Jacques Derrida.
Le premier mérite que j’ai trouvé et continue de trouver à David Hume, c’est de développer une philosophie non fondationnaliste : pour lui, il n’y a pas de point assuré d’où l’on puisse dériver un système. Le point de départ est dans la nature humaine et dans l’expérience.
L’expérience est une suite de données sans ordre qui ont constamment à être arrangées, organisées : cela donne des systèmes de croyances, des idéologies, des religions, des théories. Quant à la nature humaine, elle est instable, mais aussi foncièrement inventive, à cause de la plasticité de l’imagination. Les conséquences de ces idées sont considérables dans tous les domaines.
Il n’y a pas de cogito, l’identité personnelle est une fiction, la raison est une passion faible, la philosophie est un exercice de description de nos constructions et manières de traiter l’expérience, et tout effort pour en faire une science rigoureuse sombre dans le délire verbal dont nous guérit, heureusement, le scepticisme.