Archéologie
Les “trans” existaient-ils à la Préhistoire ?
© Gorodenkoff Productions/iStockphoto
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Des femmes enterrées « comme des hommes » ; des hommes enterrés « comme des femmes » : dans 7 à 10% des cas, les sites funéraires préhistoriques d’Europe centrale examinés dans une étude récente révèlent un certain flottement dans les rapports entre sexe et genre chez nos lointains ancêtres. Jusqu’à envisager des parcours trans à la Préhistoire ? État de la question.
Que savons-nous du sexe, que savons-nous du genre à la Préhistoire ? Pas grand-chose. L’utilisation de ces catégories pose un certain nombre de problèmes. Même en matière de sexe, les choses ne sont pas simples.
Sexe préhistorique
Comment déterminer le sexe d’un squelette (souvent incomplet) ? Certains cas paraissent sans doute évidents, tant ils mettent en jeu les éléments les plus manifestes du dimorphisme sexuel de l’espèce humaine. Mais l’identification du sexe n’en est pas moins souvent complexe. « Un squelette féminin se reconnaîtrait à son petit crâne, son large bassin et sa taille modeste », pense-t-on en général, comme le résume Marylène Patou-Mathis dans L’Homme préhistorique est aussi une femme (2020). « Jusqu’à il y a une dizaine d’années, les méthodes utilisées par les anthropologues pour sexuer les fossiles humains étaient basées essentiellement sur la morphologie ou la robustesse du crâne et des os du squelette (en moyenne plus courts et plus graciles chez les femmes), en particulier ceux du bassin (plus large, moins profond et plus arrondi chez les femmes). »
Cette approche s’est pourtant souvent révélée trompeuse. En effet, « les femmes du Paléolithique étaient d’une grande robustesse, même si, en moyenne, elles avaient quelques centimètres et kilos de moins que les hommes », ce qui peut conduire à de nombreuses confusions. « Sachant que ces critères dépendent en grande partie des modes de vie, appliqués aux populations paléolithiques, ils tendent à surestimer le nombre d’hommes, les femmes robustes étant souvent classées parmi ceux-ci. » Les nouvelles méthodes, comme l’examen de l’ADN lorsque celui-ci est disponible, ont permis d’exposer certaines erreurs. « Des squelettes considérés comme féminins ont été réattribués à des hommes et inversement. » Mais dans l’ensemble, « pour un squelette complet, l’attribution sexuelle serait possible dans seulement 30 à 40% des cas ». Sans même parler des cas qui ne peuvent être tranchés à l’aune de cette répartition binaire : certaines études commencent à mettre à évidence, au moyen de l’ADN notamment, l’existence d’individus intersexes. Citons notamment l’article « Ancient genome-wide DNA from France highlights the complexity of interactions between Mesolithic hunter-gatherers and Neolithic farmers » (2020). Certaines œuvres préhistoriques représentent par ailleurs des figures manifestement hermaphrodites ou du moins ambiguës du point de vue de la sexuation. Lauren E. Talalay, dans son étude du bassin méditerranéen, présente ainsi dans « The Gendered Sea: Iconography, Gender, and Mediterranean Prehistory » (2005) l’image d’un être humain d’un « troisième genre », doté d’une poitrine féminine et d’organes sexuels mâles.