Mythologies
Et si les licornes existaient vraiment ?
Vue d'artiste d'un Elasmotherium, mammifère sibérien unicorne (plus proche du rhinocéros que de la licorne), qui aurait pu côtoyer l’être humain il y a 35000 ans. ©Novapix/Leemage
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Les licornes ont existé… et elles ne ressemblaient pas vraiment à l’image que l’on s’en fait. L’animal mythique aurait été inspiré par l’Elasmotherium sibiricum, un mammifère sibérien à corne, dont les dernières datations indiquent qu’il aurait pu côtoyer l’homme il y a trente-cinq mille ans. Faut-il pour autant en conclure que les licornes, telles que nous les imaginons, ont bel et bien existé ? De l'Antiquité à nos jours, retour sur un débat philosophique (et historique) passionnant.
Il est à peu près certain que personne n’a jamais vu une licorne de ses yeux. Pourtant, cette créature magique occupe notre imaginaire depuis des siècles. Dans Les Secrets de la licorne (RMN, 2013), les historiens Michel Pastoureau et Élisabeth Taburet-Delahaye en dresse la généalogie mythologique : « La plus ancienne mention de la licorne dans un texte occidental est due à Ctésias, médecin grec ayant longtemps vécu à la cour des rois de Perse, vers la fin du Ve siècle avant notre ère. […] Du texte de Ctésias nous n’avons conservé que des fragments, et il est aujourd’hui impossible de savoir à quel prédécesseur il a emprunté les détails qu’il nous fournit sur la licorne. »
L’écrivain Patrick Darcheville se montre plus audacieux dans Du Dragon à la licorne (Guy Trédaniel Éditeur, 1994) : « Déjà, une carte de l’époque sassanide, reproduisant un original babylonienne estimé du deuxième millénaire avant Jésus-Christ, figure la terre avec au centre la cité de Babylone ainsi que sept régions. Dans le commentaire de la sixième région, qui peut se traduire par “où un taureau cornu demeure et attaque les étrangers”, nous voyons l’apparition de notre licorne bien avant les descriptions de Ctésias ou de Pline. » Quelle que soit la fiabilité à accorder à cette thèse, il n’en demeure pas moins que pendant des siècles, l’existence de l’animal ne fait guère question.
Bertrand Russell contre les licornes
Alors, quand cesse-t-on de croire aux licornes ? Selon Pastoureau et Taburet-Delahaye, « les premiers doutes sur l’existence de la licorne apparaissent au XVIe siècle. Ils ne concernent du reste pas tant l’animal lui-même que sa longue corne frontale ». Si « à la fin du Moyen Âge, on croit encore fermement à cette fable », « quelques décennies plus tard, à l’époque des Lumières, on n’y croit plus. » La licorne devient une superstition farfelue, une distraction de l’esprit qui ne mérite en aucun cas que l’on s’y intéresse. Personne n’ayant vu la trace d’une licorne, ni présente ni passée, celle-ci est reléguée au rang de mythe.