Hors-série "Platon"

Létitia Mouze : la raison, les poètes et les mythes

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Cet article est issu du Hors-série n°n°45 de Philosophie magazine « Platon. Comment sortir de la caverne ? », en kiosque le 11 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Défenseur de la Raison, acharné à distinguer le vrai du faux, Platon recourt fréquemment aux mythes et va jusqu’à reconnaître à la poésie une valeur éducative. Létitia Mouze éclaire ce paradoxe.



On retient souvent de Platon sa défense de la Raison, et l’ambition du philosophe de « parler vrai ». Pourtant, les mythes occupent une place importante dans les dialogues platoniciens. Comment l’expliquer ?

Létitia Mouze — Le problème, c’est qu’on conçoit ici le mythe comme un élément extérieur au discours philosophique, qui viendrait simplement s’y surajouter. On instaure alors une dichotomie entre les mythes et la philosophie, que l’on identifie au rationnel. Or, chez Platon, les mythes sont entièrement philosophiques, et relèvent de ce qu’il nomme le logos. Il faut se souvenir que nos termes de « Raison », de « rationalité », n’ont pas le même sens que le logos, ou le logistikon, platoniciens. La traduction engendre des connotations modernes qui n’existent pas dans le vocabulaire platonicien. Il ne peut pas s’agir de substituer au mythe un discours philosophique « plus rationnel », puisqu’une telle dichotomie n’existe pas chez Platon. Le discours argumentatif et le mythe remplissent la même fonction  convaincre – ou persuader, puisqu’il n’existe qu’un seul terme en grec pour signifier ce que recouvrent ces deux verbes en français.
 

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