Morale

L’excuse impossible

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Colombes (92), le 16 octobre 2021. Emmanuel Macron au garde-à-vous après avoir déposé une gerbe près du pont de Bezons, en mémoire du massacre du 17 octobre 1961, au cours de laquelle une centaine d’Algériens ont été tués lors d’une manifestation pour l’indépendance de l’Algérie. Emmanuel Macron est le premier président français à commémorer cet événement

Colombes (92), le 16 octobre 2021. Emmanuel Macron au garde-à-vous après avoir déposé une gerbe près du pont de Bezons, en mémoire du massacre du 17 octobre 1961, au cours duquel une centaine d’Algériens ont été tués lors d’une manifestation à Paris. Emmanuel Macron est le premier président français à commémorer cet événement. © Rafael Yaghobzadeh/Pool/AFP

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Du génocide rwandais aux essais nucléaires en Polynésie en passant par la commémoration du massacre des Algériens du 17 octobre 1961, le discours d’Emmanuel Macron est marqué, à chaque fois, du sceau d’une rhétorique similaire : la France a une dette, peut-être une responsabilité, mais elle ne présentera pas d’excuse pour autant. Comment expliquer cette difficulté à s’excuser ?

La logique de la disculpation 

L’excuse est ex-causa : elle met hors de cause, tire d’affaire, en expliquant pourquoi le coupable a agi comme il a agi. S’excuser, c’est toujours donner des raisons à une action. Celui qui s’excuse affirme, en creux, qu’il n’a pas vraiment choisi, délibérément, de faire le mal : il n'avait pas le choix de faire ce qu’il a fait, il ne savait pas exactement ce qu’il faisait, ou bien : il n'est plus le même. Ce n'est pas vraiment lui, qui a agi, mais des causes extérieures qui ont enclenché un processus. L'excuse s'efforce ainsi séparer l'action de celui qui l’a commise, de délier le coupable de son crime. Ce n’est pas vraiment lui, mais des causes extérieures, qui ont causé le mal. L’excuse résorbe la distance entre la victime et le bourreau, parfois en accentuant celle entre le coupable d’aujourd’hui et celui qu’il était hier.

L’insupportable excuse

De ce point de vue, l’excuse est souvent disqualifiée, condamnée comme une stratégie hypocrite d’évitement : celle d’un coupable qui, plutôt que d’assumer les tourments de la culpabilité, et de réparer activement ce qui peut l’être, cherche à en effacer la source même de son remords – le regard accusateur de sa victime – à bas prix. Dans le cas d’offenses mineures (un collègue qui vous insulte, par exemple), la victime est souvent prête à accepter l’excuse qu’on lui fait. À laisser s’enfoncer dans l’oubli la mémoire du mal, à laisser le mal en arrière du présent, à accepter que l’événement de la faute n'est qu'un fait sans liberté inscrit dans l’histoire, dans un récit commun, dans un réseau de causes et d’effets - à renoncer à ce qu'il y ait vraimetn un coupable. Au contraire, dans les cas extrêmes, quand l’abîme entre la victime et le bourreau parait insurmontable, le fait de vouloir excuser, expliquer, donner des raisons, prend l’allure d’un affront insupportable qui creuse l’écart qu’elle voudrait combler. Quelque chose ne veut pas passer, dans la déchirure. Le mal passé insiste dans le présent. Il refuse de s’expliquer, de devenir un fait d’histoire, pour autant qu’il est le fruit d’une liberté an-historique, qui ne vieillit pas, qui reste la même dans le temps.

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