Rapport sur le génocide au Rwanda
Martine Leibovici : “La question de la complicité de la France dans le génocide au Rwanda est enfin ouverte”
Près de Gisenyi (Rwanda), à une dizaine de kilomètres de la frontière avec le Zaïre, le 27 juin 1994. Des militaires français en patrouille passent devant les troupes Hutu du gouvernement rwandais. © Pascal Guyot/AFP
En visite à Kigali, au Rwanda, le président français Emmanuel Macron a reconnu, ce 27 mai, la responsabilité de la France dans le génocide du Rwanda. Mais pas sa complicité. Ces déclarations font suite à la la publication le 26 mars d’un rapport commandé par Emmanuel Macron à une commission présidée par l’historien Vincent Duclert. Ce rapport a relancé le débat sur l’attitude de la France avant et pendant le génocide commis envers les Tutsi au Rwanda, qui a fait de 800 000 à un million de morts entre avril et juillet 1994. Au terme de mille pages nourries du dépouillement des archives officielles de l’époque, la commission écarte l’hypothèse d’une complicité de la France au sens d’« une volonté de s’associer à l’entreprise génocidaire » mais conclut à « un ensemble de responsabilités, lourdes et accablantes », aussi bien « politiques, intellectuelles, cognitives, éthiques que morales », nées de son soutien au régime issu de la majorité hutu. Un récit d’une « “crise rwandaise” de l’État républicain comme de la pensée des institutions » qui, écrivent ses auteurs, ouvre la porte à « une réflexion de nature philosophique ». Nous avons proposé à Martine Leibovici, maître de conférences émérite en philosophie politique à l’Université de Paris et spécialiste de Hannah Arendt, de commenter pour nous quelques aspects philosophiques de ce travail historique.