L’humour
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Cet article est issu du numéro 45 de Philosophie magazine « 45 - hiver 2010 », en kiosque le 24 novembre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Il reste la meilleure arme étant donné la situation : nous ignorons pourquoi nous sommes nés dans cet univers immense et absurde, inexplicable.
Au commencement de l’humour, il n’y a pas de quoi rire. Le dandy qui veut bien mourir en duel mais refuse de se lever tôt, le naufragé ravi d’apprendre que son compagnon de radeau est végétarien, le grand distrait qui dit « pardon monsieur » à un poteau, le petit homme qui, à contre-courant d’une foule à slogans, brandit un panneau avec inscrit dessus « j’ai mal au dos » font tous, à leur manière, de l’humour un bras d’honneur que l’infime adresse à l’infini, ou le pied de nez d’un brin d’herbe à la forêt qui l’entoure. « Non seulement Dieu n’existe pas, écrit Woody Allen, mais encore, essayez donc de trouver un plombier le week-end. » Autant dire qu’on ne badine pas avec l’humour qui, d’une pirouette ou d’un revers de la parole, remise l’immense au magasin des accessoires, traite les drames de la vie avec la légèreté qu’ils méritent ou bien, à l’inverse, les anecdotes avec un sérieux démesuré : l’humour est toujours déplacé. Rien, par conséquent, ne lui échappe. Aucune adversité ne lui résiste. À prendre la partie pour le tout et le sublime pour le grotesque, l’humour tourne en dérision tout ce qui nous rend dérisoires, et en jeu de mots l’absurdité de la vie : « Plus cancéreux que moi, tu meurs », disait Pierre Desproges.