La grande question
L’immigration a-t-elle un impact économique positif ?
Paris, le 18 décembre 2023. Les députés du Rassemblement national Yoann Gillet et Edwige Diaz à la sortie de la Commission mixte paritaire. Le RN a annoncé qu’il votera le texte, ouvrant la voie à son adoption. © Jeanne Corsini/Sipa
Cet article est réservé aux abonnés.
Le projet de loi « immigration » va être finalement soumis au vote du Parlement, avec le soutien annoncé du RN et des LR. Alors que ce sera dans une version beaucoup plus restrictive, durcissant drastiquement les conditions de régularisation des travailleurs sans papiers dans les métiers en tension mais également l’accès des étrangers aux prestations sociales, le regroupement familial et rétablissant la déchéance de nationalité pour certains crimes commis par les binationaux, il est peut-être utile de s’intéresser aux analyses objectives et précises sur l’impact économique de l’immigration.
Retour sur l’étude la plus aboutie, et la plus concluante, quant aux conséquences globalement très positives de l’immigration, du prix Nobel d’économie 2021 David Card.
Bruyants, mais sourds
Le projet de loi « immigration » était supposé jeter un pont entre différentes composantes politiques représentées au Parlement – à l’exception de La France Insoumise. Il a tourné au psychodrame dans le huis clos de la Commission mixte paritaire (CMP) composée de sept sénateurs et sept députés. Tandis qu’un accord était péniblement mis sur pied, on notait que dans le flot des commentaires surnageaient surtout les références au passé. Pour le président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, Olivier Marleix, la CMP discutait d’« un texte qui ressemble à ce que Charles Pasqua aurait pu faire voter » – rappelons que Pasqua est ce ministre de l’Intérieur qui incarna longtemps la droite dure avant l’émergence du Front, puis du Rassemblement, national. Marie-Pierre de la Gontrie, sénatrice socialiste, s’alarmait, elle, du retour d’un vieux slogan : « La France aux Français ». Le fait est qu’il a été fort peu question de l’avenir, ou même du présent, dans cette pièce de théâtre où une majorité de protagonistes semblent tenir pour acquis que 1) la France subit une forte pression migratoire, et 2) ce n’est pas une bonne chose pour elle.
Dans ce débat que chacun s’emploie à hystériser, à aucun moment n’a été sérieusement – et paisiblement – discuté le fait de déterminer comment l’immigration influe sur une économie développée telle que celle de l’Hexagone. Le Medef fait observer, sans le claironner, que notre appareil productif ne peut sans dommages se passer des apports extérieurs. Et notre voisine l’Italie, qui s’est dotée d’un gouvernement d’extrême droite élu sur une ligne anti-immigration, vient d’annoncer l’accueil de plus de 400 000 travailleurs étrangers supplémentaires… Mais nous faisons semblant de ne pas entendre, de ne pas voir. Tout à notre querelle intestine, nous évitons de nous interroger sur l’impact réel de l’immigration sur le marché du travail, sur les salaires, sur les finances publiques, sur l’innovation, sur la démographie, sur le logement… Or cet impact est mesurable. Et, allez, on vous divulgâche un peu la conclusion : il est pour l’essentiel positif.