Machiavel, grâce et disgrâces
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Cet article est issu du numéro 99 de Philosophie magazine « Nomades contre sédentaires », en kiosque le 28 avril 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Affaires politiques, intrigues, prison, torture… le conseiller et penseur politique Niccolò Machiavelli a goûté une vaste palette d’expériences lorsqu’il entame en 1519 la rédaction de “L’Art de la guerre”.
Autrefois au service de la république de Florence, Machiavel est mis à l’écart par les Médicis qui reprennent la ville en 1512. Lui qui conseillait le gonfaloniere élu Pier Soderini et rencontrait aussi bien Cesare Borgia que le roi de France Louis XII au cours de ses missions d’ambassadeur, le voilà assigné à résidence et bientôt emprisonné. Mêlé sans le savoir à un complot contre les Médicis, il est arrêté et soumis à l’écartèlement. Après une amnistie prononcée par le nouveau pape, Machiavel a toutefois la chance de se retirer à la campagne où il se fait oublier. Mais la vie publique lui manque : « Je désire vivement que ces Médicis se décident à m’employer, dussent-ils commencer par me faire rouler un rocher », écrit-il à un ami. En cette période de repli passée à lire les Anciens et à méditer sur sa carrière, il travaille à un ouvrage qui ne sera publié qu’en 1532, après sa mort, en 1527, Le Prince. « Ce que c’est que la souveraineté, combien d’espèces il y en a, comment on l’acquiert, comment on la garde, comment on la perd », ainsi détaille-t-il son objet. Le projet est intéressé : il s’agit de regagner l’intérêt du pouvoir. Dans le même temps, il écrit les Discours sur la première décade de Tite-Live. Même s’il est autorisé à rentrer à Florence en 1514, la disgrâce persiste. Il patiente en fréquentant les cercles littéraires et en participant aux réunions des Orti Oricellari, rendez-vous de personnalités influentes. Là il rencontre le condottiere Fabrizio Colonna, qui devient son porte-parole dans L’Art de la guerre publié en 1521. En 1520 s’achève le calvaire de Machiavel. Jules de Médicis lui commande une « Histoire de Florence », engageant ainsi celui dont il espère faire son historiographe officiel. Suit la demande d’un projet de constitution pour la cité, par lequel on teste ses anciennes convictions républicaines. Machiavel conseille élections… et fraudes électorales. De quoi sauver définitivement sa tête machiavélique.