Société / Féminisme

Marie-Laure Susini: “L’homme est réduit au statut d’auxiliaire maternel”

Temps de lecture : 3 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 82 de Philosophie magazine « 82 - septembre 2014 », en kiosque le 21 août 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour la psychiatre et psychanalyste Marie-Laure Susini, depuis qu’elles maîtrisent la sexualité et la fécondité, les femmes sont en passe de se hisser à la tête de l’ordre symbolique.

Selon vous, nous assistons à l’émergence d’une nouvelle figure féminine, « la mutante », qui est en train de s’emparer des pouvoirs anciennement dévolus aux hommes. De quoi s’agit-il ?

Marie-Laure Susini : Dans Les Structures élémentaires de la parenté, Lévi-Strauss définit le mariage comme un échange de femmes scellant l’alliance entre deux groupes d’hommes. La famille s’organisait par le lien entre conjugalité et filiation via la sexualité, un lien sur lesquels les hommes avaient la main. Cette structure a éclaté. Alors que la contraception dissocie sexualité et fécondité, et permet à la femme de se représenter autrement qu’en mère, les nouvelles techniques de procréation (in vitro, PMA et bientôt GPA) dissocient la maternité et la grossesse : un enfant peut être conçu hors du ventre de sa mère, une mère peut avoir des enfants sans rapports sexuels avec le père putatif, une femme (porteuse) peut être enceinte sans éduquer les enfants. Qui est la mère ? Celle qui porte ou celle qui éduque ? À elle d’en décider. Qu’en est-il du côté du père ? Avant, il était celui qui donnait son nom à l’enfant, l’éduquait, l’insérait dans le monde social. Aujourd’hui, les femmes peuvent choisir d’élire parmi leurs partenaires sexuels un futur père, s’adresser à une banque de sperme, voire trouver un père adoptif sur un site de coparentalité… L’homme est réduit au statut d’auxiliaire maternel, tandis que la mère décide de la paternité – en choisissant de donner un enfant à un homme ou en le contraignant à se reconnaître père par les tests ADN. Bref, la maîtrise de la sexualité et de la fécondité qui était du côté des hommes a basculé du côté des femmes.

Cet article est réservé aux abonnés