Espagne/Préhistoire
Marylène Patou-Mathis : “L’homme de Néandertal avait déjà accès à la dimension symbolique”
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Cet article est issu du numéro 118 de Philosophie magazine « 118 - avril 2018 », en kiosque le 22 mars 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Une étude publiée par le magazine Science vient d’attribuer des peintures rupestres à l’homme de Néandertal. Cette découverte remet en cause l’idée selon laquelle l’art serait le propre d’Homo sapiens. Explications de la préhistorienne Marylène Patou-Mathis.
Pouvez-vous nous présenter cette étude, qui attribue des peintures rupestres à l’homme de Néandertal ?
Marylène Patou-Mathis : L’équipe du professeur Dirk Hoffmann s’est intéressée à des peintures situées en Espagne dans trois grottes différentes. Elles représentent des profils d’animaux, des empreintes de mains et des motifs géométriques. D’après la datation à l’uranium-thorium, elles auraient été réalisées il y a 65 000 ans et seraient donc antérieures de 20 000 ans à l’arrivée d’Homo sapiens en Europe. Par conséquent, seul Néandertal pourrait les avoir peintes. Si une contre-expertise reste nécessaire, le monde de la paléoanthropologie se montre globalement confiant : il n’y a pas une mais trois grottes, ce qui rend les erreurs plus improbables. Par ailleurs, ces grottes se trouvent toutes dans la péninsule Ibérique. Or la seule inscription graphique de Néandertal certifiée à ce jour se situe à Gibraltar – une gravure géométrique d’environ 30 centimètres, découverte dans la grotte de Gorham. Bref, on savait déjà que Néandertal façonnait des bijoux, utilisait des plantes médicinales ou cuisait des graminées sauvages… Cela confirme qu’il n’avait rien d’une brute épaisse !