Cinéma
“Mickey 17”, de Bong Joon-ho : la tragédie des “remplaçables”
Robert Pattinson dans Mickey 17. ©2024 Warner Bros. Entertainment Inc.
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Bong Joon-ho, réalisateur sud-coréen oscarisé avec Parasite, revient en salles avec Mickey 17, un récit d’anticipation grotesque et tragique. Le film raconte l’histoire d’un homme qui est envoyé dans l’espace effectuer les tâches les plus dangereuses, meurt, mais est « réimprimé ». Qu’est-ce que cela fait de mourir ? Vivons-nous dans une société où les êtres sont remplaçables ? Alexandre Lacroix, qui a adoré le film, nous en dévoile toutes les dimensions existentielles et politiques.
Bong Joon-ho, réalisateur de Memories of Murder (2003) et de l’incroyable Parasite (Palme d’or au Festival de Cannes 2019 et meilleur film aux Oscars 2020), est de retour avec la sortie en salles de Mickey 17. Bien qu’il n’ait pas comblé les attentes de son producteur, la Warner, au box-office, il s’agit à nouveau d’un film génial et visionnaire, où l’on retrouve ce qui fait la signature du cinéaste sud-coréen : c’est-à-dire une capacité peu commune à passer du registre de la farce la plus grotesque, voire de la scatologie, à celui du tragique. C’est un peu comme si des pages de Kafka se glissaient ici et là dans le Gargantua de Rabelais, ou vice-versa.
Mickey 17 dirige une critique virulente contre les leaders populistes en général et les politiciens américains en particulier. Le film brosse le portrait d’un candidat désavoué à la présidentielle des États-Unis, Kenneth Marshall, qui, par dépit, prend les rênes d’une mission de colonisation d’une exoplanète – personnage dont il est difficile de suivre la geste pathétique sans penser à Donald Trump. Du point de vue philosophique, le film adapté d’un roman de science-fiction d’Edward Ashton, Mickey 7 (2022 ; trad. fr. Bragelonne, 2025), propose aussi, à travers une technologie de portée directement politique, une expérience de pensée originale.