Reportage

“Mon chien, c’est toute ma vie !” L’animal, un allié pour les personnes à la rue

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“Mon chien, c’est toute ma vie !” L’animal, un allié pour les personnes à la rue

© Marie Genel pour PM

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Cet article est issu du numéro 178 de Philosophie magazine « Comment cultiver la bonne humeur ? », en kiosque le 21 mars 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Appui vital, fidélité indéfectible, liens d’une profondeur insoupçonnée… Le chien occupe une place centrale dans la vie des sans-abri. Nous sommes allés à leur rencontre lors d’une opération de l’association Gamelles pleines, qui vient en aide aux animaux des personnes en situation de grande précarité. 

 

En ce mardi 16 janvier, il fait seulement 1°C à Paris et la nuit est tombée depuis un bon moment. Sur la place de la République, on repère deux attroupements : les Restos du cœur et, juste à côté, le stand de l’association Gamelles pleines. Comme chaque mardi, de 19h30 à 21h30, les bénévoles en gilets rose fluo distribuent croquettes, harnais et autres jouets canins pour les propriétaires d’animaux sans abri, isolés ou disposant de maigres revenus. Pourquoi s’occuper des chiens plutôt que des personnes ? Après tout, n’est-ce pas qui ont le plus besoin d’une aide parfois très urgente ? Aider l’animal, n’est-ce pas passer à côté des individus ? Les membres des Gamelles pleines sont habitués à voir leurs activités remises en question par certains défenseurs « de l’humain avant tout ». À ceux-là, Yohann Sévère, le fondateur de l’association, répond systématiquement : « Une laisse, ça a deux bouts. » Autrement dit, s’occuper des chiens est toujours en même temps une manière de prendre soin de leurs maîtres. Passer du temps avec les bénévoles et les bénéficiaires de l’association permet de mieux comprendre ces binômes qui entretiennent une relation complexe et profonde, faite d’entraide et de confiance réciproques. Ces tandems racontent des histoires de galères, de dignité et d’amitiés interespèces puissantes. 

 

Quatre pattes pour se relever

« Je ne peux pas vous dire toute la souffrance que j’ai en moi », souffle l’une des bénéficiaires de l’association. Parmi la vingtaine de personnes présentes ce soir-là, certaines refusent de nous parler. En cette glaciale soirée de janvier, la fatigue se lit sur les visages. Il y a des profils très divers : une femme retraitée, une autre trentenaire et des hommes plutôt jeunes accompagnés de leur(s) chien(s). Certains vivent à la rue ou dans des squats. D’autres ont la chance d’avoir un logement mais ont tout de même besoin d’aide pour prendre soin de leurs animaux. 

C’est le cas de Jean-Gui, originaire des Antilles, un habitué de l’association âgé d’une soixantaine d’années accompagné de ses deux chiens, Roxanne (2 ans) et Sam (8 ans). Les molosses tout en muscles se laissent gentiment caresser. Aujourd’hui, Jean-Gui est venu chercher des couvertures car il est « toujours en vadrouille », et « les chiens peuvent avoir froid ». Il est aussi question de la stérilisation de son chat, Macaron, car l’association finance une partie des frais vétérinaires. Jean-Gui, qui se déplace avec une canne, a adopté ses chiens après une période d’hospitalisation de plus de quatre ans. Depuis, ses compagnons ne le quittent plus – il a même récemment recueilli un pigeonneau blessé, qui fait désormais partie de sa tribu. Il rit de bon cœur en montrant des vidéos d’eux sur son téléphone. 

“Sur les trente mille places d’hébergement disponibles à Paris, il y en a soixante seulement qui sont ouvertes aux animaux”Yohann Sévère, fondateur de l’association Gamelles pleines

 

L’association fait régulièrement des maraudes pour repérer les personnes dans le besoin mais s’installe tous les mardis à un point fixe : place de la République. En pleine canicule ou sous la neige – qui menace en ce début d’année –, les gens savent qu’ils pourront y trouver de quoi prendre soin de leur ami à quatre pattes. L’idée de fournir une aide matérielle et psychologique aux sans-abri propriétaires d’animaux part d’un fait : rares sont les centres d’hébergement qui tolèrent les chiens. La plupart des maîtres privés de logement sont donc contraints de dormir dehors afin de ne pas avoir à abandonner leur compagnon. « Sur les trente mille places d’hébergement disponibles à Paris, il y en a soixante seulement qui sont ouvertes aux animaux », déplore Yohann Sévère. Il estime néanmoins que « les choses progressent, car les politiques et les acteurs sociaux sont de plus en plus à l’écoute. Dernièrement, deux nouvelles places ont été ouvertes à Paris à la suite du plan “grand froid” ». Sur le plan médical, nombreux sont également ceux qui renoncent à se soigner pour ne pas laisser leur animal sans surveillance. L’association met donc en place des systèmes de garde pour que ces personnes puissent suivre leurs traitements ou être hospitalisées, avec la garantie que leur chien est entre de bonnes mains pendant leur absence. C’est en partant de ces constats que Yohann Sévère a fondé Gamelles pleines en 2008, à Caen. Depuis, la structure est devenue une fédération nationale de plus de trois cents volontaires, qui ne compte pas moins de douze antennes dans dix-sept villes françaises, grâce à des bénévoles de proximité. 

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