Cinéma

Nicolas Philibert : “Les ‘fous’ sont des gens qui vous donnent à réfléchir”

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Nicolas Philibert : “Les ‘fous’ sont des gens qui vous donnent à réfléchir”

Nicolas Philibert. © Michel Crotto

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Sur L’Adamant, son documentaire qui sort cette semaine en salles, a reçu l’Ours d’or à la dernière Berlinale. Vingt-sept ans après son documentaire La Moindre des choses tourné à la clinique de La Borde, Nicolas Philibert a eu à cœur de « revenir en psychiatrie » dans un centre de jour singulier, une péniche amarrée sur la Seine, en plein Paris. Le cinéaste en tire un film d’une profonde humanité. Il évoque pour nous ce que filmer la folie signifie à ses yeux.


Est-ce que tourner Sur L’Adamant a été pour vous l’occasion de traiter à nouveau de la psychiatrie, que vous aviez déjà abordée à la clinique de La Borde dans La Moindre des choses ?

Nicolas Philibert : Faire un film ne consiste pas pour moi à « traiter un sujet ». Je n’envisage pas le cinéma sous cet angle-là. La Moindre des choses et Sur L’Adamant sont deux films tournés « en » psychiatrie plutôt que « sur » la psychiatrie. Mais pour répondre à votre question, le tournage de La Moindre des choses en 1995 a été une expérience qui a laissé de profondes traces en moi. Je n’y pense pas tous les jours, mais c’est resté, c’est très présent. J’ai toujours été attentif à la condition pénitentiaire et à la psychiatrie. Déjà à travers des lectures, quand j’étais étudiant. À cette époque, je m’étais un peu engagé au sein de l’antenne grenobloise du Groupe d’information sur les prisons (GIP), groupe que Michel Foucault et quelques autres avaient créé en 1971 avant de fonder l’année suivante le Groupe information asiles (GIA). Parmi mes copains, certains sont devenus trotskistes ou mao, mais, moi je n’étais pas là-dedans. Ce qui m’importait, c’était le terrain, l’action concrète, bien plus que les grands discours idéologiques. La santé mentale, la prison, l’enfermement, des questions comme celles-là. Et puis, en 1995, il y a eu ce tournage à la clinique de La Borde, La Moindre des choses. Et aujourd’hui, vingt-sept ans plus tard, ce nouveau film.

La bande-annonce de Sur L’Adamant, de Nicolas Philibert, au cinéma le 19 avril.

Pourquoi ?

La Moindre des choses est un film que j’ai fait non pas à contre cœur mais tout de même un peu à reculons. À l’époque l’idée de tourner en psychiatrie me tourmentait beaucoup. J’avais peur. Peur d’être contaminé. De basculer de l’autre côté. Or, cette fois-ci, ce n’est pas la peur qui m’a animé. Ce nouveau tournage a été plus apaisé. J’ai fait du chemin. Aujourd’hui, je me sens bien dans la compagnie des patients... Pas toujours, hein ? il y a des personnes parfois un peu inquiétantes, mais... il m’arrive d’être bien, de me sentir bien en leur compagnie. Parce qu’on y rencontre des gens surprenants, déroutants, inattendus, émouvants, qui ont parfois des éclairs de grande lucidité sur eux-mêmes, sur notre monde, sur nous. Sans filtre.

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