le billet de Martin Legros

Notre “deadline” est-elle passée ?

Temps de lecture : 2 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 174 de Philosophie magazine « La vie a-t-elle un sens ? », en kiosque le 26 octobre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans les camps de prisonniers de la guerre civile américaine, la deadline désignait la limite au-delà de laquelle un soldat ne pouvait s’engager sans risquer d’être abattu par ses gardiens. Par extension, le mot en est venu à signifier, dans le journalisme notamment, la date butoir au-delà de laquelle un papier ne peut plus être accepté. À lire les deux textes que publient l’historien Patrick Boucheron (Le Temps qui reste, Libelle, Seuil) et l’astrophysicien Aurélien Barrau (L’Hypothèse K. La science face à la catastrophe climatique, Grasset), on en vient à penser que la crise écologique nous confronte à une deadline collective. Sans être collapsologues, les deux auteurs prennent acte du fait que nous avons déjà outrepassé le délai pour infléchir notre trajectoire. Sur les neuf limites planétaires, six ont été franchies ; l’extinction des espèces et l’effondrement du vivant sont irréversibles ; le réchauffement et les désordres climatiques sont sur une voie exponentielle. Mais Boucheron et Barrau se retrouvent aussi pour considérer que ce dépassement des limites a anesthésié la pensée autant que l’action. Parce que nous avons pris conscience de la catastrophe à un moment où elle était déjà advenue, nous vivons ce que Boucheron appelle une « crise de l’imminence ». Comme dans le film de Claude Sautet Les Choses de la vie, où le spectateur voit se dérouler la vie d’un homme après l’accident mortel qui l’a emporté, nous assistons, tétanisés, à un destin écologique dont l’issue semble irrémédiable.

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

Nature