Entretien politique

"Nous devons nous interroger sur la finalité de notre système de retraite"

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"Nous devons nous interroger sur la finalité de notre système de retraite"

Antoine Bozio. © Jacques Demarthon /AFP

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Lutter contre l’indigence au grand âge, conserver le niveau de vie, vous obliger à prendre soin de vos proches… Pour l’économiste et directeur de l’Institut des politiques publiques Antoine Bozio, les systèmes de retraite sont des choix politiques qui n’ont rien d’évident. Entretien.


Dans la rhétorique du gouvernement, allonger la durée de cotisation serait le seul moyen de sauver notre système de retraite par répartition. Ne pas le faire, c’est se résoudre à l’égoïsme et la capitalisation. Qu’en pensez-vous ?

Antoine Bozio : C’est une stratégie politique très ordinaire. Une fois que votre position est arrêtée, vous présentez toutes les autres voies comme des impasses. Nous nous retrouvons dans une logique du tout ou rien qui n’est pas propice au débat. Les uns disent qu’il n’y a aucun problème et les autres soutiennent que la situation financière est catastrophique. En réalité, notre système de retraite n’est pas en danger, mais il y a bien un déficit durable dont il faut s’occuper.

 

D’ailleurs, un système par capitalisation est-il nécessairement plus injuste ? 

Pas forcément, on peut très bien imaginer un système de capitalisation publique. Le débat est aussi détérioré par la mobilisation de mots qui ont plus de valeur que de sens. Quand on parle de « répartition », les citoyens pensent qu’il s’agit du caractère collectif du système de retraite. Mais en fait, la technique de la répartition veut dire qu’il n’y a pas de réserves : les cotisations servent directement à financer les retraites. En anglais, la répartition se dit unfunded : pas de fonds, pas de réserves. Nous nous retrouvons donc dans une situation absurde : dans les sondages, les Français sont favorables au système par répartition, mais ils pensent tout en même temps qu’il faudrait constituer des réserves pour garantir les retraites. C’est une contradiction pure ! À l’inverse, nous associons la capitalisation à l’égoïsme, l’épargne individuelle et le chacun pour soi. La technique de la capitalisation veut simplement dire qu’on constitue un fonds qui sert ensuite à financer les retraites. Le régime additionnel de la fonction publique, ce n’est ni plus ni moins qu’une capitalisation publique. Quand il a été mis en place en 2003, on appelait cela de la « répartition provisionnée ». C’est un oxymore !

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