Œuvre au gris
© Oriane Safré-Proust / Valerie Oualid
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Cet article est issu du numéro 136 de Philosophie magazine « 136 - février 2020 », en kiosque le 16 janvier 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
50 nuances de gris… et même bien plus, tant nos villes et nos vies semblent imprégnées de cette teinte ô combien fonctionnelle. Peut-être le temps est-il venu de libérer les couleurs.
L’hiver, en ville, est gris. Comme si les couleurs hibernaient sous le ciel alourdi, les manteaux de bon goût et les moquettes des open spaces. Enfin, je dis gris, mais ce seraient plutôt des nuances de marron, de vert, de noir plombé, de blanc cassé, se mêlant en une teinte passe-partout, consensuelle, si omniprésente que nous ne la percevons même plus, gris des façades, des voitures, des pneus, de l’asphalte, et même des rares animaux osant encore se mêler à la foule de notre espèce dominante, pigeons, souris, rats furtifs faufilés au bas d’un escalier. Le gris ressemble à l’hiver. Mais l’hiver passe, alors que le gris ne s’efface pas. Il demeure la couleur dominante de notre décor urbain. Même si nous espérons le printemps et ses éclats – rues végétalisées, tee-shirts joyeux, joues rosies – signalant le retour de la lumière, le fond demeure ce qu’il est. Gris.