Entretien

Olga Shparaga : “L’énergie sociale que connaît la société biélorusse débouchera sur la fin de l’autoritarisme”

Temps de lecture : 6 min

Olga Shparaga lors d’une manifestation contre le pouvoir en place au Bélarus

Olga Shparaga lors d’une manifestation contre le pouvoir en place au Bélarus. ©Collection personnelle

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Au cours d’une interview à distance que la philosophe biélorusse a réussi à nous accorder entre deux arrestations, Olga Shparaga montre que la contestation du dictateur Alexandre Loukachenko signe l’émergence d’une nouvelle pratique de la démocratie.

 

Vous avez été arrêtée le dimanche 4 octobre au cours d’une manifestation et avez passé une nuit en prison. Comment s’est déroulée votre interpellation ?

Olga Shparaga : Nous participons, mon mari Alexander Adamiants et moi, à toutes les manifestations depuis les élections frauduleuses du 9 août dernier. La fatigue est là, car Alexandre Loukachenko refuse de quitter le pouvoir. Mais la détermination de la société à faire valoir ses droits n’est pas retombée, au contraire. La police est parvenue à isoler un petit groupe de manifestants dans lequel nous nous trouvions. Des hommes masqués ont soudain surgi de camionnettes et ont commencé à arrêter des manifestants. Ils interpellent surtout les hommes, mais je me suis interposée lorsqu’ils ont tenté d’emmener mon mari. Ils m’ont prise avec lui et un petit groupe. Durant les transports en fourgon cellulaire, de la manifestation au commissariat, puis vers la prison où j’ai passé la nuit, les agents de sécurité se comportaient avec nous comme avec des criminels. Ils hurlent des instructions : « Mains derrière le dos » ; « Baissez les yeux », etc. Ils jurent. On se sent un peu comme au cinéma. Certains sont très brutaux, interdisent violemment aux hommes de s’asseoir. Certains hommes interpellés ont été insultés et frappés. Un agent a posé sur le sol le drapeau biélorusse rouge et blanc, symbole de la révolution démocratique [en référence à la République biélorusse, qui n’a duré qu’un an, en 1918, immédiatement avant l’ère soviétique], et nous a forcé à marcher dessus. Mais ces hommes portent des cagoules, et l’on se demande alors qui a peur de qui. S’ils n’ont pas peur de nous, pourquoi portent-ils ces cagoules ?

 

Comment avez-vous vécu votre nuit en prison ?

C’était la première fois que je me suis retrouvée en prison. C’est une expérience très importante, utile pour comprendre ce que vivent les personnes incarcérées durant cette révolution. Je m’y étais préparée, par exemple en portant un sweat à capuche, ce qui m’a permis de ne pas avoir trop froid. J’étais dans une cellule avec 3 femmes. Comme on ne nous a pas apporté de linge pour la nuit, cela s’est révélé très utile ! Il a été impossible de dormir durant les quatre heures qu’a duré notre nuit, car il y avait un bruit infernal. Le lendemain matin, après nous avoir réveillées vers 6 heures du matin, on nous a fait attendre très longtemps. Mais j’étais préparée à cela aussi. J’ai donc décidé de ne pas m’inquiéter et d’en profiter pour me reposer.

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