Entretien
Olga Shparaga, philosophe biélorusse emprisonnée : “Nous vivons une révolution démocratique”
Lors d’une manifestation à Minsk le 4 octobre dernier, un opposant au régime de Loukachenko est drapé dans les couleurs historiques de la République populaire biélorusse. © Stringer/Reuters
Le Bélarus, ce pays situé entre l’Europe et la Russie, est en ébullition depuis deux mois. Les manifestations hebdomadaires contre les fraudes massives qui ont permis à Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 26 ans, de se maintenir au pouvoir, ne faiblissent pas. La situation semble bloquée. Le pouvoir manie la carotte et le bâton en promettant une réforme de la Constitution. Mais la répression des manifestations de dimanche dernier a été la plus violente depuis plusieurs semaines. Et l’État vient de donner aux forces de l’ordre l’autorisation d’utiliser des armes létales contre les manifestants.
Il y a quelques jours, nous avons interrogé par Skype une importante figure de ce mouvement de contestation, la philosophe Olga Shparaga. Depuis des années, cette spécialiste de philosophie politique anime une université indépendante des structures étatiques. Là, on n’enseigne pas l’idéologie officielle, nationaliste et néo-communiste, mais la théorie du droit et la philosophie de la démocratie. Olga Shparaga nous a raconté son arrestation, le week-end précédent, et sa nuit en prison. Elle analyse ce qu’elle appelle la révolution républicaine biélorusse en termes de naissance d’une société de citoyens, qui a compris qu’elle avait un droit de regard sur les décisions la concernant, dans le domaine de la gestion de la pandémie comme dans le choix de ses représentants. Elle décrit l’expérimentation de démocratie directe à grande échelle qu’est en train de vivre le pays.
Mais vendredi dernier, Olga Shparaga a de nouveau été arrêtée. Hier, elle a été condamnée à 15 jours d’emprisonnement. À l’heure où nous écrivons ces lignes, elle est en détention.