1. L’empire des données

Ontologie du cookie

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Cet article est issu du numéro 102 de Philosophie magazine « À quel point sommes-nous prévisibles ? », en kiosque le 18 août 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Qui est le cookie ? Un ami indiscret, un espion embarrassant ou un archiviste méticuleux ? Réponses du philosophe Maurizio Ferraris, déjà auteur d’une “Ontologie du téléphone portable”.

Qu’est-ce qu’un cookie ?

Pour répondre, je me référerai à Samuel Pepys, haut fonctionnaire anglais, qui a sténographié entre 1660 et 1669 chaque détail de sa vie, de ses calculs rénaux à sa passion pour le chant et le vin, de grands événements comme la peste de Londres à des détails plus intimes comme ses relations avec son épouse (tourmentées du fait de ses fréquentes escapades extraconjugales). Par rapport aux cookies, Pepys était un dilettante. Les cookies enregistrent infiniment plus, de manière automatique et à notre insu. Le moindre de nos actes en ligne est consigné et peut un beau jour se matérialiser de manière pétulante et indiscrète. Et parfois de manière inquiétante : il peut arriver de recevoir sur Facebook un message qui nous rappelle que nous n’avons pas écrit depuis quinze jours à un ami, alors que nous savons que cet ami est mort, de telle façon que le message semble provenir d’outre-tombe.

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