Participer vraiment à la politique ?

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Cet article est issu du numéro 104 de Philosophie magazine « La démocratie. Ça devrait être quoi ? », en kiosque le 27 octobre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Démocratie est le nom d’un problème, davantage que d’une solution.

Construit avec les mots grecs demos, « peuple », et kratos, « pouvoir », le terme formule une exigence assez simple : donner le pouvoir au peuple. Cependant, la démocratie n’est pas, à proprement parler, un régime politique. Dans une monarchie, une seule personne exerce le pouvoir. Dans une aristocratie ou une oligarchie, les « grands » gèrent les affaires… Mais une démocratie, c’est censé fonctionner comment ? Confier le pouvoir à un peuple, est-ce tenable ? Même à la plus petite échelle de communauté politique, la famille, cet idéal semble difficile à mettre en œuvre : imaginez une famille où toutes les décisions (vacances, déménagements, budget) seraient prises en commun. Certains débats ne s’éterniseraient-ils pas ? Comment trancher ? Au-delà, est-il possible de transposer la même logique à l’échelle d’une nation et de faire en sorte que des millions d’êtres humains s’autogouvernent librement, sans qu’aucun ne prenne l’ascendant sur les autres ?

« À prendre le terme dans la rigueur de l’acception, il n’a jamais existé de véritable démocratie, et il n’en existera jamais. » Ce constat n’est pas émis par un conservateur de droite, mais par Jean-Jacques Rousseau, dans l’un des essais qui entend donner le plus d’étendue à la souveraineté populaire, Le Contrat social (1762). « On ne peut imaginer que le peuple reste incessamment assemblé pour vaquer aux affaires publiques, et l’on voit aisément qu’il ne saurait établir pour cela des commissions sans que la forme de l’administration change. » Autrement dit, la pratique oblige à construire des niveaux intermédiaires, des « commissions », donc à doter l’édifice du pouvoir d’étages, sans quoi une collectivité est ingouvernable.

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