France / Politique

Partis : changer le nom, est-ce changer la chose ?

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(cc) Wikipedia Commons / Blandine Le Cain

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Cet article est issu du numéro 85 de Philosophie magazine « 85 - décembre 2014-janvier 2015 », en kiosque le 27 novembre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’UMP, le PS et le FN envisagent de se faire rebaptiser. Cela aura-t-il un effet ? Explications avec les outils de la philosophie du langage.

Imaginons les législatives françaises de 2017. Les trois plus grands partis s’affrontent. Le Rassemblement des Français, ancienne UMP, affronte la Gauche démocrate (nouveau nom du Parti socialiste) et le Front républicain (ex-FN). Ou quelque chose d’approchant. Il faut dire que, depuis plusieurs semaines, Nicolas Sarkozy, Manuel Valls et Marine Le Pen ont appelé, plus ou moins ouvertement, à un changement de nom de leur parti. S’agit-il d’une pure question de tactique, sans incidence politique, ou d’une transformation plus fondamentale ?

Le philosophe contemporain Saul Kripke écrit dans La Logique des noms propres (Éditions de Minuit, 1982) : « Chacun a entendu parler du Saint Empire romain qui n’était ni saint, ni romain, et n’était pas un empire. » L’une des questions les plus débattues en philosophie du langage consiste en effet à savoir si un nom n’est qu’une convention totalement arbitraire ou s’il décrit un tant soit peu la chose qu’il nomme. Prenons l’UMP. Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il allait changer le nom et la chose. Il rêve d’une force politique qui dépasse le clivage droite/gauche, d’un mouvement décentralisé, sans courants ni écuries personnelles, où l’on ferait systématiquement appel au vote. En réalité, le changement de nom ne changerait rien : l’UMP, qui signifiait « Union pour la majorité présidentielle » avant de devenir subrepticement « Union pour un mouvement populaire », reste un parti de droite postgaulliste. La preuve : c’est un chef charismatique qui lui donne sa cohérence. C’est d’ailleurs lui et lui seul qui propose le changement de nom. La nouvelle désignation de l’UMP s’inscrit donc dans une logique nominaliste. Elle ne possède aucune essence propre et peut être modifiée sans que cela change quoi que ce soit à ce qu’elle est censée désigner. Ce parti, quel que soit le nom qu’il porte, est d’abord un socle pour conquérir le pouvoir.

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